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Numéro 67 : Apprendre et travailler dans les pays des Suds

Introduction

Jérôme Ballet : UMR CNRS 5319 Passages, Université de Bordeaux, jballetfr@yahoo.fr

Le Forum mondial sur l’éducation de Dakar en 2000 lançait l’idée d’une éducation pour tous qui allait devenir un programme sous l’égide de l’UNESCO. Dans la continuité, les Objectifs du millénaire pour le développement visaient une scolarisation primaire pour tous à l’horizon 2015. Le constat de la réussite partielle de l’objectif de scolarisation a poussé encore plus loin la réflexion. En effet, si le taux de scolarisation dans le primaire a atteint plus du 90% dans la plupart des pays du monde, à la fois la frange non scolarisée et la faible poursuite des efforts de scolarisation dans le secondaire ont réinterrogé l’objectif de l’éducation pour tous. En particulier, la déscolarisation et l’abandon en cours de scolarité supposent de repenser, au moins partiellement, les mécanismes et les moyens de la scolarisation. Si l’apprentissage est apparu très rapidement comme une voie intéressante, elle a été relativement délaissée. Les objectifs du développement durable y accordent désormais une place importante. « Développer les possibilités alternatives d’apprentissage, qui prennent en compte ces raisons de décrochages scolaires, est nécessaire afin d’offrir aux jeunes des conditions adaptées pour consolider leurs connaissances et compétences de base, et les doter de savoir-faire adéquates et recherchés afin de trouver un travail, devenir des chefs d’entreprise, entrepreneurs ou s’engager dans d’autres activités productives »[1]. L’objectif 4 des Objectifs du développement durable note ainsi que l’accès à la formation professionnelle dans des conditions d’égalité doit être promue.  Toutefois, le modèle d’apprentissage évoqué est proche de celui des pays du Nord. Il s’agit d’une formation professionnelle officielle, loin des modèles d’apprentissage traditionnel ou informel que l’on trouve dans les pays des Suds.

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[1] https://www.un.org/fr/impact-universitaire/education-pour-tous

Les enfants confiés pour scolarisation à Madagascar : existe-t-il un effet Cendrillon ?

Résumé : Nous analysons la situation des enfants confiés pour motif de scolarisation à Madagascar. Notre analyse permet de conclure que le motif de placement est relativement respecté et que le confiage pour scolarisation révèle dans ce pays qu’il s’agit d’un moyen important de rescolariser des enfants qui ne l’étaient plus. Avec un effet globalement positif sur la scolarisation des enfants. Les enfants confiés pour motif de scolarisation n’apparaissent, de plus, pas en situation plus difficile que les enfants non confiés scolarisés en ce qui concerne l’exercice d’une activité économique et les tâches domestiques qu’ils doivent assumer.

Mots-clés : confiage, scolarisation, Madagascar

Abstract : We analyse the situation of children fostered for schooling purposes in Madagascar. Our analysis leads us to conclude that the reason for fostering is relatively respected. Furthermore, fosterage for schooling purposes in this country is an important means of getting children back into school. The overall effect on children’s school enrolment is positive. Moreover, children fostered for schooling do not appear to be in a more difficult situation than enrolled children not fostered in terms of economic activity and the domestic tasks they have to perform.

Keywords : Fosterage, Schooling, Madagascar

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L’apprentissage professionnel dans les entreprises familiales informelles. Le cas de l’Indonésie

Résumé

La scolarisation formelle initiale est l’axe politique privilégié pour lutter contre le travail des enfants. La participation des jeunes à l’entreprise familiale est conçue comme une forme de travail des enfants qu’il faut limiter au maximum. Pourtant, participer à l’entreprise familiale est aussi une forme d’apprentissage professionnel. Et cette forme d’apprentissage joue un rôle considérable dans les pays en développement. À partir d’un travail de terrain, nous soulignons la perception, par les parents, de l’apprentissage des compétences professionnelles des enfants dans les entreprises familiales informelles en Indonésie. Les résultats indiquent que le travail des jeunes de la famille dans l’activité familiale est perçu différemment selon la taille de l’entreprise. Dans les petites entreprises qui peinent à survivre, il est conçu comme une simple nécessité pour le ménage et s’oppose à la scolarisation initiale formelle. Dans les entreprises de taille moyenne, il devient un véritable apprentissage professionnel qui complète la scolarisation formelle et permettra la transmission de l’entreprise.

Mots-clés : apprentissage, secteur informel, firme familiale, Indonésie

Abstract

Initial formal schooling is the policy focus for combating child labour. Young people’s involvement in family businesses is seen as a form of child labour that should be kept to a minimum. Yet taking part in a family business is also a form of professional apprenticeship. And this form of apprenticeship plays a considerable role in developing countries. Based on fieldwork, we highlight the perception of parents, about children’s learning in informal family businesses in Indonesia. The results indicate that the work of young family members in the family business is perceived differently depending on the size of the business. In small businesses that are struggling to survive, it is seen as a simple necessity for the household and is opposed to initial formal schooling. In medium-sized businesses, it becomes a genuine professional apprenticeship that complements formal schooling and enables the business to be passed on.

Keywords : Apprenticeship, informal sector, family-firm, Indonésia

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Concurrence et violence dans l’apprentissage traditionnel : le cas des enfants talibés en Mauritanie

Résumé : Les écoles coraniques, aussi appelées daaras, ont été mises sur le devant de la scène depuis les années 2000 en raison des cas de violence à l’encontre des enfants talibés. Sur la base d’une enquête menée en Mauritanie, ce travail examine l’hypothèse selon laquelle la violence sur les enfants peut s’expliquer par un accroissement significatif de la concurrence entre daaras. En validant cette hypothèse, ce travail montre qu’il en découle une augmentation du risque de violence à l’encontre des enfants par les marabouts, mais aussi entre les enfants eux-mêmes.

Mots-clés : talibés, daaras, Mauritanie, concurrence, violence

Abstract : Quranic schools, also called daaras, have been under spotlights since the 2000s, mainly because violence against talibés children was highlighted. On the base of an empirical investigation led in Mauritania, we show that increasing competition between quoranic schools is a main determinant of the risk of violence. Violence appears at two levels. On one hand, it is the fact of marabouts against children. On the other hand, violence is generated between children themselves.

Keywords : talibes, daaras, Mauritania, Competition, Violence

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Devenir et rester orfèvre en Inde du Sud. Quels défis ?

Résumé : A partir d’une recherche ethnographique et des apports de la sociologie des agencements marchands (Callon, 2013), l’article interroge le devenir de la profession des artisans orfèvres et la rupture de transmission des savoir-faire qu’ils connaissent depuis les années 1990. L’analyse se fait depuis le point de vue et l’expérience des acteurs, les artisans orfèvres de Pondichéry et de leurs clients (les familles franco-pondichériennes). Il examine les stratégies de résilience des orfèvres face à l’industrialisation du secteur joaillier. Il présente aussi l’évolution historique des transformations socio-économiques majeures du secteur de la joaillerie en Inde du Sud, notamment à Pondichéry afin d’expliquer les mécanismes de détachement et d’attachement des clients vis-à-vis des orfèvres. In fine, l’article s’attache à définir ce qu’est un marché joaillier à Pondichéry d’après les artisans eux-mêmes, en tenant compte de la pluralité des échelles (local, national et international) et des modes d’organisation en son sein.

Mots-clés: joaillerie, marchés, transmission, Pondichéry, orfèvres, ethnographie

Abstract: Based on ethnographic research and contributions from the sociology of market arrangements (Callon, 2013), the article examines the future of the profession of goldsmiths and the breakdown in the transmission of know-how that they have been experiencing since the 1990s. The analysis is based on the point of view and experience of the goldsmiths from Pondicherry and their customers, the Franco-Pondicherrian families. It examines the resilience of the former category in the context of industrialisation happening in the jewellery sector. It also presents its historical evolution and the major socio-economic transformations in South India, and in Pondicherry. The paper explains the mechanisms by which customers become detached or attached to goldsmiths. Thus, the article defines what a jewellery market is in Pondicherry according to the craftsmen themselves, considering various scales and modes of organisation within it.

Key-words: jewellery, markets, transmission, Pondicherry, goldsmiths, ethnography

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