Numéros

Numéro 63

Jean-Louis LOGNON, Les vendeurs de Garba à Abidjan

Dans un contexte de crise économique et de chômage, de jeunes Ivoiriens d’Abidjan, étudiants ou chômeurs, tentent de s’insérer dans le marché informel de garba, un plat cuisiné à base d’attiéké, marché dont les immigrés de l’ethnie ahoussa détiennent traditionnellement le quasi monopole. L’article étudie les stratégies développées par ces jeunes Ivoiriens pour contourner les barrières à l’entrée que constituent le capital social et le capital symbolique détenus par les immigrés, ainsi que les limites de ces stratégies, et met en évidence les diverses formes de l’encastrement social et symbolique des marchés dits informels.

Thierry SUCHERE L’Outsider ou l’histoire de Jérôme Kerviel : Un exemple d’apport du cinéma a une anthropologie des marchés financiers.

Contemporain du capitalisme actionnarial, le film Wall-Street [1987] d’Oliver Stone inaugure une longue liste de films récents porteurs d’un regard critique sur la finance. En France, L’Outsider [2016] traite d’une histoire amplement relayée par les médias : celle de Jérôme Kerviel ex trader de la Société Générale. Analysant ce film, on montrera que nous disposons là d’une bonne illustration de ce qui fait le travail des traders dans l’univers de la finance avec plusieurs enseignements. En premier lieu, le film conteste le discours des économistes mainstream sur la rationalité des acteurs. A l’extrême, on comprend que le trading comporte un risque non-nul de basculement vers des comportements pathologiques du type de ceux qui s’observent chez les addicts aux jeux d’argent. A un second niveau, le film parle de la violation des règles de bonne conduite, d’écart de comportement courant chez les traders toujours obligés de se surpasser… Les sociologues voient dans la déviance une activité collective ce qui nous amène à examiner les systèmes de management mis en place par la banque pour pousser les traders à la performance, qui sont aussi coupables que les traders eux-mêmes.

Mohamed Amodrane ZORELI, L’Économie solidaire en Kabylie. Un modèle d’autogestion par l’entrepreneur du don

Cette contribution analyse une expérience de développement autogéré par des activités associatives et solidaires d’un village de la Kabylie en Algérie, en vue de saisir toutes les potentialités et spécificités de cette économie solidaire singulière. Réalisé sans a priori théoriques dans le cadre d’une recherche participative, ce  travail nous a permis de voir que l’économie solidaire autogérée se déploie efficacement grâce à l’entrepreneur du don, à l’émancipation de la femme, à l’héritage institutionnel ancestral, à l’autofinancement solidaire, au potentiel associatif et au mouvement parallèle de réflexion et d’action des acteurs associatifs.

Mots clés: Kabylie, associations, activités solidaires, développement autogéré.

Edith WEBER, Chronique Musicale

Numéros

Numéro 58

Sandra GAVIRIA, L’autonomie et les liens parents-jeunes en France

Isabelle MAILLOCHON, L’enfant et le langage. Une lecture critique du dossier de la revue Sciences Humaines n° 274

Laurent LEVEQUE, Bruno LECOQUIERRE, Jonas PIGEON, La Revue d’Ici, une contribution à la réflexion sur l’évolution de la région havraise et de son environnement.

Edith WEBER, Chronique musicale

Numéros

Numéro 57

Barnabé Cossi HOUEDIN, L’expérience de la citoyenneté factuelle chez les immigrés d’origine béninoise à Gonzagueville – Abidjan (Côte d’Ivoire): de la colonisation à la fin du parti unique en 1990.

Albert NICOLLET, Vivre et penser l’exil, (réédition)

Albert GUEISSAZ, André Nicolaï et l’Institut havrais de sociologie économique et de psychologie des peuples

Edith WEBER, Chronique musicale

Numéros

Numéro 62

Christophe ANNOOT, CECI N’EST PAS UNE THÉORIE

Parallèlement à son œuvre gravée, l’auteur contribue à la réalisation des Cahiers de sociologie économique et culturelle en dessinant les vignettes qui figurent sur la couverture de chacun des numéros, et qui se relient d’une façon ou d’une autre à leur contenu éditorial. C’est sa démarche créative que l’auteur nous explicite ici sur plusieurs exemples illustrés, en nous restituant les allers-retours permanents entre la réflexion sur les thématiques des articles des Cahiers et le travail de construction des images « correspondantes ».

Dominique FOURNIER, VISIONS TECHNIQUES DE L’OBJET ÉPHÉMÈRE ET DU RITUEL TAURIN

L’art tauromachique, s’il fait l’objet de nombreuses et fortes critiques portant sur son principe même, n’en est pas moins un fait culturel d’une grande signification dans les pays où il se pratique, et un art, dont Dominique Fournier, se plaçant d’un point de vue anthropologique, nous présente la construction. Il met en évidence la complexité de la chaîne des opérations techniques mises en œuvre, le rôle clé du respect / interprétation de règles ritualisées qui renvoient à une dimension mythique, le caractère éphémère de l’« objet » esthétique ainsi produit, le rôle du rapport au public dans sa production, et quelques-uns des effets du changement du contexte culturel et sociétal.

Marc-Mathieu MÜNCH, L’OBJET ESTHÉTIQUE ET LA CRÉATION

La théorie de « l’effet de vie » prend pour hypothèse centrale le caractère universel de l’émotion esthétique, et se veut critique par rapport aux conceptions « relativistes » de l’ethétique : au delà des particularités contextuelles qui font qu’une œuvre d’art est toujours celle d’une époque et d’un lieu déterminés, elle constitue pour l’auteur un véritable « invariant anthropologique ». Non pas seulement au sens faible où la recherche de l’expression et de l’émotion esthétiques serait commune à toutes les
sociétés humaines, mais, au sens fort, où une œuvre produite dans un contexte totalement « étranger » (par exemple les fresques murales paléolithiques) peut à certaines conditions nous atteindre et nous toucher malgré la distance qui nous sépare de ses créateurs. La théorie proposée est explicitée à travers deux exemples, l’un pris dans le domaine de la peinture (la « Vénus d’Urbino » du Titien), l’autre dans celui de la
littérature (« L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono).

Numéros

Numéro 61

Adolin Paul EGNANKOU, LES CHOIX DE PRATIQUES AGRICOLES À PARTIR DU CAS DES PAYSANS AGNI DE BETTIÉ, ADIOUKROU D’ORBAFF ET ÉBRIÉ DE SONGON-AGBAN (CÔTE D’IVOIRE)

La plupart des paysans autochtones agni de Bettié, adioukrou d’Orbaff et ébrié de Songon-Agban abandonnent à des cultivateurs allochtones et allogènes la production commerciale de vivriers à destination commerciale ou servant à l’alimentation des populations locales, pour se maintenir dans l’hévéaculture, malgré la chute des prix
du caoutchouc. L’étude montre que ces choix sont guidés par des logiques sociales qui privilégient la pratique de cultures pérennes, dont les produits sont en grande partie destinés au marché international. Plus que l’économique, ce sont des considérations socioculturelles, (les valeurs, les croyances et les représentations sociales) et relationnelles (domination sur les étrangers et les femmes, maintien dans les filets de sécurité sociale) qui influent sur ce choix de l’hévéaculture, lequel constitue l’un des principaux obstacles à l’autosuffisance alimentaire dans ces localités.

Mots-clés : aliment de base, logique sociale, socio-économie, pratique agricole, hévéaculture.

Meless Siméon AKMEL, LOGIQUES SOCIOÉCONOMIQUES ET RISQUES SANITAIRES LIÉS À LA PRODUCTION DU SAVON ARTISANAL À DAR-ES-SALAM (BOUAKÉ, CÔTE D’IVOIRE)

Les sociétés modernes africaines sont confrontées aujourd’hui au problème du chômage. En Côte d’Ivoire, malgré la croissance économique, les populations ploient sous le poids du chômage et de la pauvreté. La ville de Bouaké n’ est pas épargnée. Le cas du quartier de Dar-Es-Salam est sur ce point éloquent : les petits métiers y pullulent. Il en va ainsi de la fabrication du savon artisanal kabakrou observée dans ce quartier précaire. Notre étude (qualitative et quantitative) identifie les valeurs économiques et socioculturelles qui orientent le travail de fabrication du kabakrou. Elle décrit et analyse également les risques sanitaires entraînés par cette fabrication : conjonctivite, affections pulmonaires, arthrose. Sont enfin étudiées les stratégies thérapeutiques adoptées par les populations concernées pour tenter de recouvrir la santé. Toutefois, ces réponses à la maladie sont bien insuffisantes par rapport à ce qui serait souhaitable.

Mohamed-Amokrane ZORELI, LA KABYLIE : DON, RECIPROCITE ET RESILIENCE SYSTEMIQUE. LE RENOUVELLEMENT DES PRATIQUES

L’objet de cette contribution est de montrer qu’en Kabylie, il existe une logique d’innovation sociale et solidaire différente des logiques de solidarité occidentales. Pour ce faire, nous présenterons des pratiques qui nous ont permettrons de voir que, baignés dans une culture particulière, les acteurs de la Kabylie ont leur propre façon d’être en communion et de se solidariser avec les autres, que ceux-ci soient proches ou lointains.

Mots clés : société communautaire, binôme État/marché, crise, résilience systémique, solidarités spécifiques.

Numéros

Numéro 59-60

Mahefasoa RANDRIANALIJAONA, Emilienne RAPARSON, Thierry RAZANAKOTO, Jérôme BALLET, ALÉAS CLIMATIQUES ET MIGRATION. UNE ÉTUDE DE CAS DANS LA RÉGION ANALANJIROFO, MADAGASCAR 

La côte Est de Madagascar est touchée par de nombreux cyclones chaque année. A cette situation s’ajoute une insécurité alimentaire forte pour les ménages. Dans ces conditions, les ménages devraient adopter une stratégie de migration. A partir d’une enquête sur deux villages, nous tentons de comprendre pourquoi en réalité les populations ne migrent pas alors que leurs conditions de vie devraient les pousser à le faire. Notre
réponse réside dans l’analyse de la solidarité villageoise qui constitue un frein au mouvement des personnes.

Robert TÉFÉ TAGNE, LA SOCIO-ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE DES MARCHÉS ALTERNATIFS URBAINS : ENCASTREMENT SOCIAL DES LOGIQUES MARCHANDES 

Cette étude a pour objet les marchés alternatifs urbains à Douala au Cameroun. Elle se propose de répondre à la question suivante : en quoi les petits métiers urbains sont-ils porteurs de collectifs d’acteurs, d’interactions, de dispositifs marchands, de règles du jeu implicites caractéristiques des marchés alternatifs, alors que, en dépit de leur utilité sociale et économique, ces métiers se situent dans des espaces faiblement légitimés? L’approche est qualitative, valorise l’ethnographie de terrain, et se concentre sur deux activités: l’activité de bayam-sellam, et la transformation du rotin. La posture théorique fait appel à l’hybridation scientifique, sur fond d’ethnométhodologie. Les résultats révèlent que dans des conditions jamais définitives, mais toujours en construction, les marchés alternatifs produisent des logiques marchandes socialement encastrées.

Fiorella VINCI, ENTREPRISES FAMILIALES ET INNOVATION ÉCONOMIQUE

Quelles relations existe-t-il entre entreprises familiales et innovation économique ? Pour tenter de répondre à cette question, l’article propose des clefs d’interprétation empruntées à Max Weber afin de revenir sur les traits historiques et publics de l’entrepreneur schumpétérien. Au niveau empirique, les logiques et les pratiques d’innovation racontées par de jeunes entrepreneurs agricoles travaillant sur tout le territoire italien sont analysées. Le croisement du théorique et de l’empirique fait ressortir la fonction promotionnelle de l’histoire familiale et le rôle d’autres acteurs publics locaux (banques, communes, associations professionnelles, universités) quant aux possibilités des jeunes de mettre en place des actions novatrices. La possibilité pour les jeunes de choisir leur parcours professionnel et la valorisation des fins sociales de l’entreprise apparaissent comme les pistes principales pour promouvoir l’action novatrice des jeunes dans les entreprises familiales.

Paul Ulrich OTYE ELOM, REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DES TRANSFERTS D’ARGENT AU CAMEROUN : UNE ANALYSE ANTHROPOLOGIQUES DES FONDS DIASPORIQUES 

Au Cameroun, avoir des accointances familiales avec des individus installés dans les pays occidentaux est synonyme de recevoir constamment d’eux des cadeaux et de l’argent. L’Occident reste l’Eldorado dont tout le monde rêve pour sortir de la misère ; et pour ceux qui voient un des leurs partir, c’est une fierté immense, car avec lui, naît l’espoir de lendemains meilleurs. En effet, chaque année, sont envoyées à des particuliers de fabuleuses sommes d’argent provenant des pays du Nord. Le plus souvent, cet argent est utilisé pour les besoins essentiels et peu nombreux sont ceux qui prennent le risque de l’investir dans des projets à long terme. L’argent des transferts reste en grande partie l’ « argent du ventre », puisqu’il s’agit de satisfaire des besoins primaires ; l’ « argent de la frime », puisqu’il faut montrer aux autres qu’on est passé de la survie à la vie. Cet article s’efforce à révéler le « sens du dedans » des transferts et les patterns culturels qui font des fonds diasporiques, des fonds de subsistance, plutôt que des fonds pour un investissement économique durable.

Thierry SUCHÈRE, UNE RELECTURE DE L’ARGENT [1891] D’ÉMILE ZOLA : LA COMPARAISON ENTRE LES BOURSES DE VALEURS ET LES AIRES DE JEUX.

La seconde moitié du XIXe siècle voit émerger un nouveau genre littéraire : le roman de Bourse. Dans un contexte où plane l’ombre de grands scandales financiers, l’opinion publique, les hommes politiques et les médias des pays développés s’interrogent pour savoir s’il faut laisser librement fonctionner les Bourses de valeurs. Analysant L’Argent [1891] de Zola, on montre que la Bourse y est décrite comme un tripot, les spéculateurs comme des voleurs de grand chemin et les petits épargnants comme des naïfs. Parler de la Bourse comme d’un jeu signifie en faire le procès, les mêmes reproches étant adressés à la spéculation et aux jeux d’argent (cf. le poker…) : rendre possible l’enrichissement de quelques individus, ouvrir des perspectives d’ascension sociale en s’appuyant uniquement sur le hasard et se situer à l’opposé de tous les discours sur le mérite et le travail.

Philippe HUGON, ANTHROPOLOGIE ET ÉCONOMIE DANS UN CONTEXTE DE GLOBALISATION

Les disciplines peuvent être conçues comme des modes d’inclusion et d’exclusion dans le champ de l’analyse au nom de méthodes spécifiques et de référents irréductibles. Elles sont également une manière de découper le réel et de donner un éclairage partiel à une réalité complexe. Le champ du développement a été un lieu de rencontre et de confrontation obligé de l’anthropologie et de l’économie. Aujourd’hui, la globalisation remet en question les divisions Nord/Sud et renvoie à la fois à un monde interconnecté et à des replis identitaires. Elle oblige à relier le particulier localisé et l’universel. Cette communication rappelle (I) l’histoire des relations entre anthropologie et économie à propos de la question du développement ; (II) elle propose ensuite quelques pistes pour fonder une anthropologie économique dans un monde globalisé asymétrique et de crispations identitaires.

François-Régis MAHIEU, L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE, UN RETOUR AU SUJET ?

Le statut et l’objet de l’anthropologie économique sont très discutés en sciences sociales, sauf en économie, depuis la condamnation de cette méthode par Frank Knight en 1941. Cette méthode permet une vision alternative à l’homo œconomicus : celle de la «personne totale», intégrant ses différentes dimensions, notamment psychologiques. Elle rend l’économie responsable en élargissant le crime économique jusqu’à toute décision pouvant augmenter la souffrance.

Alice Nicole SINDZINGRE, LA PERTINENCE DE L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE FACE À UNE ÉCONOMIE INTÉGRANT LES CONCEPTS DE L’ANTHROPOLOGIE : L’EXEMPLE DES NORMES SOCIALES

Tandis que l’anthropologie économique connaissait à la fin du 20ème siècle une éclipse relative, l’économie étendait ses objets d’étude à des phénomènes auparavant situés hors de son champ, tels que les institutions et les normes sociales régissant les comportements, les institutions politiques ou les représentations cognitives. L’économie estime désormais qu’elle analyse les objets des autres sciences sociales avec davantage de rigueur scientifique en raison de sa méthodologie fondée sur les mathématiques. Sur l’exemple des institutions régissant les appartenances sociales, et dans le contexte de l’Afrique sub-saharienne, l’article montre que les institutions ne sont pas des variables mesurables et que pour en analyser les effets économiques, l’approche anthropologique demeure épistémologiquement supérieure.

Numéros

Numéro 56

Cécile VAN DE VELDE, UNE GÉNÉRATION « INDIGNÉE » ? LES JEUNES FACE A LA CRISE EN EUROPE

L’accès des jeunes européens aux marchés du travail, et plus largement, les conditions de leur insertion sociale et de leur passage à l’âge adulte, sont mis à rude épreuve par la crise, L’article montre, à partir d’enquêtes comparatives internationales (France, Grande-Bretagne, Espagne, Danemark), que le sort des jeunes est loin d’être identique d’une société à l’autre, leurs parcours étant structurés par des modèles contrastés, enracinés dans les institutions, les politiques publiques et les traditions culturelles propres à chaque pays ou région.

Eric MARLIÈRE, LES JEUNES A L’ÉPREUVE DES INSTITUTIONS LOCALES D’ENCADREMENT

Un profond sentiment d’injustice s’est développé parmi jeunes des quartiers défavorisés des grandes villes françaises ; il se manifeste aussi bien par des émeutes périodiques que par une très grande défiance par rapport au politique, aux institutions et à leurs agents locaux (policiers, travailleurs sociaux, etc.), par le développement d’idées politiques radicales, mais aussi par le découragement, le cynisme, et l’absence de projet. L’auteur montre comment ce sentiment d’injustice s’alimente d’une expérience quotidienne de la discrimination, de la stigmatisation de la religion musulmane, des rapports de violence avec la police, du poids de l’histoire migratoire de la génération précédente, et de l’absence de transmission intergénérationnelle.

François DUBET, LES ÉPREUVES DE L’INSERTION DES JEUNES. LES LIMITES DE L’IDÉE « ADÉQUATIONNISTE »

En France, la massification de l’enseignement secondaire et supérieur s’est réalisée à partir des années 1960 avec la conviction, bien ancrée dans les traditions égalitaires, méritocratiques et corporatistes de la République, que tout diplôme est le garant d’un statut professionnel correspondant. Si cette conviction « adéquationniste » a pu conserver une certaine pertinence pendant la période de forte croissance de l’économie et des emplois, il n’en va plus de même dans le contexte contemporain de la crise de l’emploi, où elle devient source d’exclusion des non diplômés, de compétition sauvage et de renforcement des inégalités.

Stéphane BEAUD, FRONTIÈRES SCOLAIRES ET FRACTURES DE LA JEUNESSE FRANÇAISE

Après avoir expliqué que la politique initiée dans les années 1980 d’amener 80% des jeunes au niveau du bac a contribué à instaurer les études longues comme norme, l’auteur montre que, triant les élèves en fonction de leur origine sociale, le système scolaire occupe une place centrale dans la reproduction sociale. Toutefois, la pratique d’activités (sport, …) peut être l’occasion de se constituer un capital de relations transférable dans le monde du travail, et facilitant l’insertion professionnelle. L’auteur explique ensuite que l’accès aux études supérieures pour les jeunes des milieux populaires est à la fois valorisant et source de contraintes auxquelles il ne leur est pas toujours aisé de se conformer. La massification de l’enseignement supérieur engendre également des contradictions et des confrontations entre plusieurs fractions de la jeunesse à l’université.

Aziz JELLAB, QUAND LE LYCÉE PROFESSIONNEL CONTRIBUE A L’ÉMERGENCE DES PROJETS CHEZ LES JEUNES. ANALYSE SOCIOLOGIQUE D’UNE MUTATION

Le lycée professionnel est souvent considéré comme une voie de relégation dans le système scolaire français, et comme un vecteur de la reproduction social des situations de domination. L’auteur, sociologue et inspecteur de l’éducation nationale, s’inscrit en faux contre ce point de vue, et s’efforce de montrer à partir d’un corpus d’entretiens, comment, à travers une pédagogie spécifique, le lycée professionnel redonne une motivation à  apprendre à des élèves en rupture plus ou moins nette avec l’école, et contribue à l’émergence chez ces jeunes de projets professionnels et d’une représentation positive de leur avenir.

Thierry DEZALAY, Albert GUEISSAZ, QUELQUES ENSEIGNEMENTS D’UNE RECHERCHE RÉALISÉE AVEC LA MISSION LOCALE DE L’AGGLOMÉRATION HAVRAISE 

Résume des principales conclusions d’une enquête de terrain auprès des conseiller-e-s de la Mission locale du Havre et auprès de jeunes suivis par cette institution qui a pour objectif d’aider les jeunes de 16 à 25 ans dans leur recherche d’une formation ou d’un emploi à construire un projet et accéder à l’autonomie. Sont mis en évidence les décalages entre l’action de la Mission locale et les situations et représentations des jeunes. Ces résultats sont complétés par un bref compte rendu des discussions qui ont eu lieu avec les personnels de la Mission locale à la suite de la présentation du rapport de recherche et du cycle de conférences sur l’insertion des jeunes.