Numéros

Numéro 68 LES CONDITIONS DES MIGRATIONS ÉTUDIANTES INTERNATIONALES

Ce numéro des Cahiers est consacré à une forme de mobilité qui connaît des développements très rapides et qui, malgré son ampleur, reste assez peu visible : les migrations étudiantes internationales. En 2025, près de 7 millions d’individus ont franchi une frontière entre deux pays pour préparer un diplôme d’enseignement supérieur. En 20 ans, le nombre d’ étudiant·es internationaux[1] a triplé. 

Les profondes mutations à l’œuvre au niveau mondial, l’expansion des mobilités soutenues par les réseaux sociaux et les services en ligne, la diversification des destinations possibles et la massification de l’enseignement supérieur observable dans la plupart des pays malgré de fortes disparités ont stimulé l’aspiration à partir étudier à l’étranger. Les profils migratoires se sont élargis, les étudiant·es ont formé de nouvelles stratégies. Autre changement  notable, la marchandisation de l’éducation, qui a fait émerger de nouveaux acteurs, dispensateurs de formation ou intermédiaires entre établissements et candidat.es.

En outre, dans un contexte où la question migratoire fait l’objet de très vifs débats dans de nombreux pays, des États ont défini des politiques restrictives à l’égard des étudiant·es internationaux tandis que d’autres, en compétition pour recruter les meilleur·es, déploient au contraire divers stratégies et moyens pour les attirer.  

Les articles publiés ici analysent sous différents angles les logiques et les dynamiques complexes de ce type de migration et visent à éclairer certaines de ses transformations.

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La sur-dépendance des étudiants chinois face aux agences intermédiaires dans le choix de l’enseignement supérieur français.

Résumé : Les agences intermédiaires constituent une question incontournable dans la mobilité internationale des étudiants chinois autofinancés. Or, la lacune de la littérature scientifique nous incite à porter des éclaircissements sur ce secteur d’activité qui propose des services très variés auprès des étudiants chinois et à leurs familles. Cet article s’appuie sur une enquête qualitative auprès de 36 étudiants inscrits dans les universités franciliennes et une autre enquête menée avec 5 responsables des agences intermédiaires. Il propose d’analyser les agences intermédiaires qui travaillent en coulisses avec les étudiants et leurs parents pour convaincre ce public de choisir l’enseignement supérieur en France. Il vise également à montrer pourquoi et comment les étudiants et leurs familles développent une sur-dépendance à l’égard d’une ou plusieurs agences intermédiaires.

Mots clés : agences intermédiaires, mobilité internationale, étudiants chinois autofinancés, enquête qualitative, étudier en France

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Chinese students’ excessive dependence on placement agencies when choosing a French higher education institution

Abstract:  Intermediary agencies represent an essential aspect of the international mobility of self-funded Chinese students. However, the lack of scholarly literature on this subject calls for further clarification of this sector, which offers a wide range of services to Chinese students and their families. This article is based on a qualitative study involving 36 students enrolled in universities in the Île-de-France region, as well as another study conducted with 5 representatives of intermediary agencies. It aims to analyze the role of these agencies, which operate behind the scenes with students and parents to persuade them to pursue higher education in France. It also aims to show why and how students and their families develop an over-dependence on one or more intermediary agencies.

Keywords: Intermediary agencies, international mobility, self-funded Chinese students, qualitative study, higher education.

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« Yo‘l izlayapmiz » Inégalités et tactiques dans les projets migratoires étudiants des jeunes Ouzbékistanais·es

Résumé : Cet article s’intéresse au processus de création des parcours migratoires des étudiant·es ouzbékistanais·es, dans un contexte marqué par une forte augmentation de ces flux. Depuis environ 8 ans, l’Ouzbékistan, plus grand pays d’Asie centrale avec 37 millions d’habitant·es, s’impose comme l’un des principaux foyers mondiaux d’émigration estudiantine. Devenus accessibles à une frange plus large de la population, ces parcours académiques et migratoires se déclinent désormais en itinéraires très variés. Si les personnes les plus aisées semblent le mieux maîtriser leur projet, les autres doivent faire preuve d’ingéniosité et d’adaptation pour parvenir à leurs fins. L’article analyse comment ces projets migratoires se construisent selon plusieurs facteurs : ressources économiques, sociales, et culturelles, genre, ou encore aspirations personnelles. Si les migrations vers l’occident sont encore les plus valorisées pour ces jeunes, on observe dans le même temps un phénomène de régionalisation de ces flux, se dirigeant notamment vers les pays voisins Kazakhstan et Kirghizstan. Loin d’être anecdotiques, ces dynamiques migratoires nous invitent à renouveler notre regard sur les formes contemporaines de mobilités étudiantes.

Mots-clés : migration étudiante, Ouzbékistan, projet migratoire, régionalisation, canaux de migration

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‘Yo‘l izlayapmiz’ Inequalities and tactics in the migration plans of young Uzbek students

Abstract:  This article focuses on the process of creating migration paths for Uzbek students, in a context marked by a sharp increase in these flows. For about 8 years, Uzbekistan, the largest country in Central Asia with 37 million inhabitants, has established itself as one of the main global centres of student emigration. Having become accessible to an increasingly wide fringe of the population, these academic and migratory paths are now declining in very varied itineraries. If the wealthiest people seem to have the best control over their project, the others must show ingenuity and adaptation to achieve their goals. The article analyses how these migration projects are built according to several factors: economic, social, and cultural resources, gender, or even personal aspirations. If the migrations towards the West are still the most valued for these young people, we observe at the same time a phenomenon of regionalization of these flows, heading in particular towards the neighbouring countries of Kazakhstan and Kyrgyzstan. Far from being anecdotal, these migratory dynamics invite us to rethink contemporary forms of student mobility.

Keywords : student migration, Uzbekistan, migration project, regionalization, migration channel

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Les choix de mobilité internationale des étudiants de l’Île Maurice

Résumé : Les étudiants de l’Île Maurice sont nombreux à faire le choix de la mobilité internationale après leurs études secondaires. La France représente une destination de premier plan malgré une inclination historique et culturelle a priori plus favorable aux pays anglo-saxons et asiatiques, conjuguée à l’éloignement géographique, potentiellement relativisé par la présence voisine de l’île de La Réunion. Pour construire leur projet de mobilité, les étudiants arbitrent entre de multiples facteurs de décision et de choix, sur diverses dimensions académiques, économiques, personnelles, culturelles et familiales qui entrent en jeu. Nous analysons ici à partir d’extraits d’entretiens avec des étudiants mauriciens comment ces facteurs se combinent pour aboutir à leur choix de mobilité, en focalisant la réflexion sur le choix de la France comme pays d’accueil. Au-delà de la question de la prééminence de certaines dimensions, l’attention est portée sur les argumentations développées par les étudiants pour montrer comment leur choix intègre à la fois des contraintes diverses et des aspirations personnelles. Dans un cadre de globalisation des échanges, notamment dans l’enseignement supérieur, les objectifs de valorisation individuelle, sur le plan interculturel et professionnel, s’en trouvent renforcés.

Mots-clés : Île Maurice, étudiants, mobilité, déterminants, projet.

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International mobility choices for students from Mauritius

Abstract: Many students from Mauritius choose to study abroad after completing their secondary education. France is a leading destination despite a historical and cultural pattern that is, in principle, more in favour to Anglo-Saxon and Asian countries, combined with geographical distance, which is potentially offset by the proximity of the island of Réunion. When planning their mobility project, students balance multiple decision-making and choice factors, including various academic, economic, personal, cultural, and family considerations. Here, we examine extracts from interviews with Mauritian students to see how these factors combine to influence their choice of mobility, focusing on the choice of France as their host country. Beyond the question of the priority of certain dimensions, the focus is on the arguments developed by the students to show how their choice integrates both various constraints and personal aspirations. In a context of globalization of exchanges, particularly in higher education, the aims of an individual development, both interculturally and professionally, are strengthened.

Key words : Mauritius, students, mobility, factors, project

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Étudiants haïtiens en France : parcours migratoires et contraintes d’intégration socioprofessionnelle

Résumé : Cet article analyse les déterminants structurels et les logiques individuelles qui façonnent les trajectoires migratoires des étudiants haïtiens en France, depuis la formulation du projet académique jusqu’aux arbitrages post-formation, en passant par les dynamiques d’intégration socioprofessionnelle. S’appuyant sur une approche mixte — combinant enquêtes qualitatives menées auprès de 35 diplômés haïtiens entre 2020 et 2024, données quantitatives secondaires et analyse des politiques d’immigration et de séjour des étudiants en France —, l’étude met en lumière la complexité des logiques qui sous-tendent cette mobilité. Motivée par les défaillances du système socio-éducatif en Haïti et l’attractivité relative de la France, celle-ci se heurte à des obstacles structurels qui révèlent le décalage entre le discours officiel d’attractivité et le durcissement des politiques migratoires et de séjour. L’analyse montre comment ces obstacles, combinés à la détérioration du contexte haïtien, donnent lieu à des choix diversifiés : retour au pays, maintien en France, indécision, ou encore réémigration vers des pays tiers face à l’absence de perspectives de retour viable dans le pays d’origine.

Mots-clés : Migration étudiante, étudiants haïtiens, politiques migratoires, intégration socioprofessionnelle, retour, non-retour, Haïti, France.

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Abstract : This article analyzes the structural determinants and individual logics shaping the migration trajectories of Haitian students in France, from the formulation of their academic projects to post-graduation decisions, including the dynamics of socio-professional integration during their stay. Drawing on a mixed-methods approach — combining qualitative interviews with 35 Haitian graduates conducted between 2020 and 2024, secondary quantitative data, and an analysis of French immigration and student residence policies — the study highlights the complexity of the logics underpinning this mobility. Driven by the shortcomings of Haiti’s higher education system and the relative attractiveness of France, it encounters structural obstacles that reveal the gap between the official discourse promoting student attractiveness and the tightening of migration and residence policies. The analysis shows how these obstacles, combined with the deterioration of the Haitian context, lead to diverse choices: returning to Haiti, staying in France, remaining undecided, or re-emigrating to third countries, in response to the absence of viable prospects for return to the country of origin.

Keywords: Student migration, Haitian students, migration policies, socio-professional integration, return, non-return, Haiti, France.

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DANS L’ARRIÈRE-CUISINE. CONDITIONS D’EMPLOI DES ÉTUDIANTS SÉNÉGALAIS RECRUTÉS DANS LA RESTAURATION EN FRANCE

Résumé : Ce travail examine les conditions d’emploi de jeunes sénégalais venus étudier en France,  obligés de cumuler études et emploi salarié, souvent recrutés dans la restauration. Nous verrons qu’il s’agit d’un domaine où ces derniers, essentiellement des hommes, n’occupent que rarement des emplois en contact direct avec les usagers ou les clients. Ils sont plus souvent relégués dans les arrière-cuisines, au poste de plongeur. Les qualités professionnelles supposées requises pour réaliser les tâches qui leur sont proposées sont généralement naturalisées en ce qu’elles sont censées être liées à la force physique ou à l’endurance des individus. Enfin, ces emplois sont à la fois socialement dévalorisés, pénibles et les horaires de travail difficilement compatibles avec l’organisation habituelle des journées. Dans la littérature sociologique, ces types d’emplois ont été désignés par la formule : « l’emploi qui reste » (Eckert, 2011). Pour étayer les analyses, nous nous baserons sur une partie des résultats de notre thèse de sociologie soutenue en octobre 2024 et qui a porté sur la même thématique.

Mots clés : Migration – Étudiants sénégalais – France – Conditions d’emploi – Restauration – Travail pendant les études

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IN THE BACK KITCHEN: WORKING CONDITIONS OF SENEGALESE STUDENTS EMPLOYED IN THE RESTAURANT INDUSTRY IN FRANCE

Abstract : This study examines the working conditions of young Senegalese students in France who are compelled to balance their studies with salaried employment, often being hired in the restaurant industry. We will see that this is a sector in which these individuals – primarily men – rarely hold positions involving direct contact with customers or users. The professional skills supposedly required for these tasks are generally naturalized, as they are assumed to be linked to individuals’ physical strength or endurance. Finally, these jobs are both socially devalued and physically demanding, with work schedules that are difficult to reconcile with the usual structure of daily life. In sociological literature, such jobs have been described as « the jobs that remain » (Eckert, 2011). To support our analysis, we will draw on part of the findings from our sociology thesis, defended in October 2024, which focused on the same topic.

Key words: Migration – Senegalese students – France – Employment conditions – Restaurant Industry – Working while studying

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Les parcours sinueux de deux étudiants en migration académique

Nous publions l’interview croisée de deux étudiants en migration internationale invités à décrire leur parcours de mobilité.

Ces récits sont des témoignages de situations vécues dans des contextes sociaux, académiques et familiaux particuliers. Leur ambition n’est pas de représenter toutes les situations que peuvent rencontrer les étudiants et les étudiantes en mobilité internationale, mais à donner à voir les multiples facteurs qui entourent et modèlent certaines migrations. Ces témoignages mettent en lumière les influences des nombreux acteurs qui y contribuent -ou les freinent- et les différents types de ressources mobilisées.

Face aux récits de vie, on gardera à l’esprit certains écueils possibles, notamment la tendance des individus à rationaliser ou à recomposer leurs parcours. Mais on verra que ceux-ci sont loin de masquer les difficultés, les hésitations, les tensions qui ont jalonné les projets.

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Carnets de lecture

Recension de deux ouvrages en lien avec la thématique du numéro.

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