Jiajun YE, enseignant-chercheur à l’Université normale de Anqing, Anhui, Chine ; docteur en sciences de l’éducation de l’Université Paris 8, CIRCEFT-ESCOL willesye@gmail.com ORCID https://orcid.org/0009-0009-2692-5312
Introduction
Le grand nombre d’étudiants autofinancés à l’étranger a stimulé le développement, très rapide, du secteur des services intermédiaires dédiés aux études à l’étranger. Les agences intermédiaires sont reconnues comme l’un des cinq facteurs d’influence les plus significatifs sur le choix des programmes d’enseignement supérieur à l’étranger par les étudiants chinois en mobilité internationale (Yang et al., 2022). Elles sont également identifiées comme le moyen le plus important pour obtenir les informations liées à la mobilité internationale et se substituent au site officiel de l’établissement supérieur étranger (Wang et Miao, 2021).
Les agences intermédiaires visant la mobilité internationale des étudiants représentent déjà une partie importante du secteur privé de l’éducation par leur forte croissance depuis ces dernières décennies en raison de leur influence sur les mobilités étudiantes sortantes ; elles constituent une des composantes significatives de l’internationalisation de l’enseignement supérieur (Cosnefroy et Hugonnier, 2020).
En effet, elles offrent des services tant aux étudiants qu’aux établissements. Bien qu’elles ne soient pas encore mobilisées par les établissements d’enseignement supérieur français, les étudiants chinois qui viennent étudier en France y ont recours et ce sont souvent ces agences qui décident du pays où ils iront étudier, en fonction de leurs résultats au Gaoko, concours qui a lieu à la fin de l’enseignement secondaire et qui décide du classement des étudiants face à l’offre universitaire. Campus France joue un rôle de filtre dans la sélection des candidats à l’enseignement supérieur français, en favorisant ceux disposant d’un capital scolaire élevé et donc plus compétitifs, comme le soulignent Erlich et al. (2021). L’ambassade de France prend ensuite le relais, servant de second filtre pour contrôler le capital économique des familles. Il convient de noter que, pour être compétitif, ce choix d’excellence scolaire se construit souvent dans l’ombre d’activités parascolaires coûteuses (Draelants et Ballatore, 2014). Si ces deux organisations de statut public sont les deux principaux intermédiaires, les agences constituent un troisième filtre dans le monde chinois, servant non seulement à la sélection en fonction des origines géographiques et socioéconomiques de leurs clients, privilégiant les parents ayant un fort capital de départ : économique, culturel et social, afin de permettre à leur enfant d’acquérir le capital culturel international (Wagner, 2020), mais également à la sélection des élèves ayant un fort capital scolaire.
Malgré le rôle crucial des agences intermédiaires, l’attention qui leur est portée par la recherche est récente. En effet, c’est un domaine peu étudié, notamment dans le champ de la recherche francophone. Dans la littérature anglo-saxonne, les agences intermédiaires, désignées sous le terme « Education agent », font référence à des entités, organisations ou individus, qui agissent en tant qu’intermédiaires entre les étudiants étrangers et les fournisseurs d’éducation dans le but de recruter des étudiants pour des établissements d’enseignement supérieur (Nikula et Kivisto, 2018). De nombreuses recherches en anglais abordent cette question sous le contexte de l’internationalisation de l’enseignement supérieur, en adoptant une perspective axée sur la marchandisation et la commercialisation de l’enseignement supérieur. En Chine, selon la seule ressource disponible, le volume économique du marché de la mobilité internationale des étudiants s’élevait à 711 millions de RMB yuans (93 millions d’euros)[1] en 2017, avec une estimation d’augmentation de 70 millions pour 2018 (Wang et Miao, 2017). En raison d’une politique assez flexible pour ce marché, ajoutant une régulation très faible, on ne dispose pas de chiffre transparent pour le nombre d’agences comme pour leur importance économique réelle. On suppose que le volume d’activité de ces agences augmente sous l’influence de la croissance du nombre d’étudiants choisissant les études transnationales.
Pour combler cette lacune, nous nous appuierons sur les expériences de la plupart de nos enquêtés lors de la demande d’admission dans un établissement d’enseignement supérieur en France et sur des entretiens réalisés en Chine, avec cinq responsables d’une agence intermédiaire. Cependant, l’attention de cet article se distingue de la triple relation (étudiants, agences et établissements) analysée dans la littérature anglophone. Il portera spécifiquement sur la relation entre les agences intermédiaires et les étudiants autofinancés. L’objectif de cet article est de lever le voile sur le rôle mystérieux des agences intermédiaires, qui travaillent en coulisses avec les étudiants et les parents pour convaincre ce public d’aller étudier en France, sachant que peu de parents ont connu une expérience de mobilité internationale. Aussi, la plupart des parents de nos enquêtés n’ont pas fait d’études en France et ne maîtrisent pas la langue française. Tout cela pousse les étudiants et leurs familles à solliciter une (ou plusieurs) agence intermédiaire lors de leur démarche de mobilité vers la France. Lorsqu’un tel recours a lieu, une sur-dépendance est fréquemment présente chez la plupart des étudiants interrogés.
L’article s’articule autour de trois parties. Nous démontrerons tout d’abord l’expansion rapide d’un secteur d’activité destiné spécifiquement à la mobilité internationale des étudiants autofinancés. Ensuite, une analyse des stratégies de sélection des agences permettra de comprendre des mesures discriminatoires mises en place par les intermédiaires. Enfin, l’accent sera mis sur l’influence des agences intermédiaires sur l’orientation post-secondaire des bacheliers chinois.
| Méthodologie Une enquête auprès de 36 étudiants chinois inscrits dans différentes filières dans les universités franciliennes a été réalisée entre novembre 2021 et novembre 2022. C’est via une enquête par entretiens biographiques que nous proposons d’appréhender leurs motivations de départ vers l’enseignement supérieur français, dans lesquelles les agences intermédiaires manifestent des influences majeures. 26 filles et 10 garçons ont été interrogés, grâce à différents modes de contact. 20 étudiants sont venus en France aussitôt après avoir obtenu le diplôme de fin d’études secondaire, ils ont donc passé une grande partie de leur période de transition vers l’âge d’adulte à l’étranger. Les autres ont d’abord réalisé un cursus de formation en Chine, sauf un étudiant passé par la Corée du sud. Tous les enquêtés viennent d’un milieu urbain à l’exception d’un étudiant, Su, qui a grandi dans un environnement rural mais appartient aux classes moyennes, comme les autres étudiants rencontrés. Ces étudiants ont vécu, pour la plupart, dans de très grandes villes comme Pékin et Shanghai, où l’offre de ressources éducatives et culturelles est très vaste et bien différente de celle des petites villes et des zones rurales (Yuan et al., 2020). La plupart sont issus des classes moyennes, lesquelles se sont développées dans les zones urbaines dans les années 1990, sous l’effet d’une « sortie du socialisme » (Rocca, 2016 : 6). Certains appartiennent à la classe supérieure. Ils relèvent en grande partie « d’une nouvelle élite urbaine » (Tang, 2017 : 240). Parmi les trente-six étudiants interrogés, vingt-cinq ont eu recours à une agence intermédiaire. En outre, nous avons réalisé des entretiens semi-directifs avec cinq responsables d’agences intermédiaires en Chine. Trois de ces entretiens ont été conduits avec des entreprises opérant à l’échelle internationale qui sont classées dans la liste des 40 meilleures agences intermédiaires parmi le nombre total de 393 publié par le ministère de l’Éducation en 2012. Les deux autres entretiens ont été menés avec des individus proposant des services intermédiaires aux étudiants, notamment en ce qui concerne les études supérieures en France. |
1. L’expansion rapide d’un secteur peu réglementé
Deux sources importantes contribuent à l’expansion rapide de ce secteur d’activité. D’une part, le nombre croissant d’étudiants partant étudier à l’étranger constitue historiquement le principal moteur de cette croissance. D’autre part, l’émergence de services en ligne et l’utilisation des réseaux sociaux ont probablement contribué à l’expansion de ces services en dehors des canaux traditionnels réglementés. D’après Tenret (2024), la multiplication des services sur les réseaux sociaux rend impossible à quantifier le nombre d’agences intermédiaires. Le marché des agences intermédiaires a deux fonctions. Il participe tout d’abord à l’envoi d’étudiants à l’étranger et il constitue également un marché du travail pour les étudiants revenus d’une mobilité internationale.
1.1 La diversification des services proposés
En général, les agences intermédiaires se distinguent selon leur statut. Elles peuvent être publiques, relevant du département provincial de l’éducation, ou privées. Parmi ces dernières, qui dominent largement ce secteur, il existe plusieurs types d’agence : les entreprises géantes intervenant à l’échelle internationale et disposant de bureaux dans plusieurs grandes villes chinoises et étrangères ; les petites et moyennes entreprises proposant des services pour divers pays d’études ou se spécialisant dans une seule destination ; et enfin, les services à but lucratif proposés par des individus. Ces derniers n’ont pas l’obligation de faire de déclaration fiscale et peuvent travailler dans une zone grise, car leur enregistrement officiel auprès des autorités fiscales n’est pas une obligation. Il s’agit d’un service interpersonnel. Dans notre enquête nous considérons les entreprises géantes, et les services proposés par des individus.
Bien que les trois entreprises considérées dans ce travail puissent toutes être classées comme leaders[2] dans ce secteur, elles se distinguent par leur rayonnement géographique. En effet, selon les résultats de notre recherche, le nombre de services proposés varie parmi les trois grandes agences. Certaines utilisent des termes similaires tandis que d’autres segmentent leurs services et les identifient par des termes distincts afin de présenter une gamme de services plus large que leurs concurrents. Dans un marché concurrentiel, cette stratégie permet d’attirer les clients. Toutes les entreprises proposent un “ Service complet pour étudier à l’étranger ’’ à leurs clients. Ce type de prestation propose un accompagnement de la première consultation à la réalisation du projet de mobilité internationale, voire des services dans le pays d’accueil. Ennafaa et Paivandi (2008) indiquent que, pour les étudiants étrangers en France, le réseau d’amis est le moyen le plus couramment utilisé pour trouver un logement (28%). Les agences intermédiaires proposent ce type de service, appelé “services sur place”, qui inclut une gamme de prestations destinées à faciliter l’installation dans le pays d’accueil. Sur 25 étudiants ayant sollicité les services des agences dans notre corpus, 19 ont utilisé ces dernières pour trouver leur premier logement en France.
Ces groupes d’entreprises disposent de moyens financiers pour produire des brochures très attrayantes que nous avons pu observer et collecter lors de nos entretiens. Ces documents couvrent la majorité des pays de destination, que les étudiants et leurs familles consultent lorsqu’ils demandent des informations. Les brochures fournissent des informations assez complètes sur les procédures préalables au départ, les procédures administratives sur place et donnent des contacts en cas d’urgence. Elles ne sont pas seulement conçues pour aider les étudiants, mais aussi pour promouvoir leurs services sur place dans le pays d’accueil.
La structuration de l’activité des agences individuelles est bien différente. Parmi les deux enquêtées relevant de ce statut, une personne de notre échantillon a officiellement lancé son agence intermédiaire en 2022, mais l’enregistrement fiscal a seulement été effectué en été 2023. Bien que l’enregistrement d’une entreprise soit devenu plus simple de nos jours, certaines exigences, telles qu’une adresse pour un local commercial peuvent encore dissuader certains de créer une entreprise. Cependant, il est possible de travailler sans faire de déclaration officielle. Par exemple, une autre personne interrogée n’a pas enregistré son entreprise et travaille avec une équipe composée de trois amis rencontrés pendant leurs études en France.
Pour ces « agences individuelles », le mode de fonctionnement et les stratégies pour attirer les clients potentiels diffèrent de ceux des trois grandes entreprises leaders dans ce secteur. Les deux personnes interrogées utilisent en effet principalement les réseaux sociaux pour promouvoir leurs activités commerciales. Leur principal domaine d’intervention inclut la fourniture d’informations sur les formations, les critères d’admission et les procédures, ainsi que la révision et la rédaction de documents administratifs tels que les lettres de motivation, les curriculums vitae, etc. Elles proposent beaucoup moins de services que les grandes entreprises.
1.2 L’équipe composée par des anciens étudiants internationaux
Les expériences des études internationales sont vues comme les critères indispensables de recrutement des agents dans les agences intermédiaires, puisqu’elles sont perçues comme des compétences, des moyens de construire l’image de l’entreprise et une source de fiabilité vis-à-vis de leurs clients.
Contrairement aux étudiants-agents étudiés par Chabre (2023), il s’agit d’une profession indépendante pour les agences interrogées dans notre enquête. Excepté une étudiante-agente ayant fondé son entreprise en Chine en faisant même temps ses études en France. Ainsi, notre recherche se distingue-t-elle des résultats des recherches menées par Tenret (2024) à l’aide d’une enquête à la fois quantitative et qualitative menée en Côte d’Ivoire, où une minorité des intermédiaires a des expériences d’études à l’étranger.Selon les responsables interrogés, les personnels dans les agences intermédiaires sont tous titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur avec une quasi majorité dotée d’expériences de mobilité internationale. Un aspect moins exploré dans la littérature concerne le fait que le marché des agences intermédiaires constitue un marché du travail spécifique pour les étudiants qui retournent dans leurs pays d’origine après leurs études à l’étranger. La majorité des conseillers des étudiants ont acquis des expériences de mobilité étudiante internationale ou de migration dans les agences chinoises.
Les propos de certains étudiants montrent que la création d’une agence intermédiaire à leur retour en Chine peut être à la fois la motivation de leur départ vers la France et l’esquisse de leur projet professionnel. Avant d’envisager de poursuivre ses études en doctorat, Sun pensait que :
« Ce que j’envisageais auparavant était soit de rentrer et de démarrer une entreprise avec des amis, soit d’ouvrir une agence intermédiaire en études à l’étranger ». (Sun, étudiant de 21 ans en M1 en linguistique, en France depuis septembre 2019).
Ce type de projet est assez courant parmi les étudiants en Langues et Lettres, en raison du manque d’opportunités professionnelles disponibles.
Selon les résultats recueillis du côté des agences, les anciens étudiants à l’étranger constituent la majorité de leurs équipes, notamment pour les services de conseils, de coach et de formation linguistiques. Cependant, une expérience à l’étranger n’est pas exigée pour les personnels administratifs lors du recrutement. Plus la taille de l’agence est grande, plus la proportion d’anciens étudiants à l’étranger est importante. Ce marché ouvre un débouché professionnel aux diplômés formés à l’étranger. En effet, leurs expériences deviennent un moyen d’attirer les futurs étudiants et ainsi rivaliser avec les autres agences. Les propos recueillis auprès de représentants de cinq agences confirment que les expériences internationales sont considérées comme l’un des critères clés pour sélectionner les employés. Par exemple, le responsable d’Overseas Education explique que lors du recrutement, il préfère les candidats ayant des expériences de mobilité internationale. Il souligne particulièrement l’importance du classement international de l’établissement où les candidats à un poste ont obtenu leur diplôme. Selon la responsable de Share Education,
« Nous avons généralement pour exigence que nos conseillers aient au moins des expériences à l’étranger, de préférence avec un diplôme (licence au minimum) lors du retour au pays d’origine ». (Long, responsable de l’Asie et de l’Europe de Share Education à Zhenghzou).
Selon elle, la proportion de conseillers ayant ce type d’expériences est devenue un atout pour attirer les clients potentiels. Elle mentionne en effet que « Entre 80% et 90% de nos personnels ici ont une expérience internationale ».
2. Des pré-sélections en amont
En Chine, la massification de l’enseignement supérieur engagée depuis 1999, l’abolition administrative des restrictions d’études autofinancées à l’étranger en 2003, mais aussi une période de croissance économique ont permis une démocratisation des études à l’étranger autrefois réservées à une élite sociale. Toutefois, l’importance des coûts engagés met en lumière la sélectivité de mobilité internationale, ouverte aux étudiants dotés un certain niveau de capital social, économique et scolaire. Les agences ont un objectif de rentabilité. Aussi, elles effectuent des pré-sélections en amont de leurs démarches concrètes. Cela peut être fait tout d’abord par leur localisation, il s’agit d’une sélection centrée sur le capital économique de la famille ; ensuite une sélection par le capital scolaire des futurs étudiants.
2.1 L’implantation dans les grandes métropoles
Ce n’est pas un hasard si les agences intermédiaires choisissent de s’implanter dans les grandes métropoles en Chine. Les résultats de notre enquête montrent que les agences visent à offrir des services à un public sélectionné selon des facteurs socioéconomiques et géographiques liés à la localisation des bureaux. Ces agences mobilisent une stratégie à deux niveaux. Dans un premier temps, les grandes entreprises à l’échelle internationale adoptent une stratégie d’implantation de leurs bureaux dans les grandes métropoles, correspondant aux villes les mieux classées dans la hiérarchie en termes de développement économique offrant une richesse de ressources culturelles, éducatives, informatiques et humaines[3]. Ces dernières sont différentes des petites villes ainsi que des zones rurales. Dans ces villes principales, les classes moyennes et la classe supérieure prennent une place importante (Liu, 2022). Dans un second temps, la localisation des bureaux de l’agence sur laquelle nous avons enquêté sont installés dans un bâtiment et dans un quartier prestigieux, voire le plus prestigieux de la province. Enfin, la position géographique des agences est considérée comme un élément distinctif de la qualité des prestations (Collins, 2012).
Dans Les Héritiers, Bourdieu et Passeron (1964 : 40) ont déjà analysé le lien entre la position géographique et l’inégalité d’accès aux ressources culturelles, en montrant que « le facteur géographique et le facteur social d’inégalité culturelle ne sont jamais indépendants puisque les chances de résider dans une grande ville, où les possibilités d’accéder à l’enseignement et à la culture sont plus grandes, croissent à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie sociale ». Cette inégalité est plus profonde en Chine. La question du lieu de résidence est non seulement liée à une répartition inégale des ressources éducatives entre zones rurales et zones urbaines, qui est à l’origine d’une grande inégalité des chances entre les deux zones (Li, 2010), mais se distingue aussi en fonction de la taille des villes et de leur développement économique.
Overseas Education, l’agence au cœur de l’enquête, est située dans le quartier commercial le plus emblématique de la ville de Zhenghzou, communément appelé CBD (Central Business District), où elle occupe plusieurs étages d’un bâtiment central du quartier. Ce choix permet de véhiculer une image prestigieuse des services qu’elle offre et de se distinguer des autres agences. Au-delà d’une distinction par lieu d’installation des bureaux, les activités des agences se déploient principalement dans les villes les plus développées économiquement à l’intérieur des provinces. Ce modèle d’implantation constitue une stratégie discriminatoire mobilisée par les agences. Comme le raconte la responsable d’une agence intermédiaire à Zhengzhou, chef-lieu de la province du Henan[4] :
« son rayonnement se situe principalement à l’intérieur de la province du Henan.(…), en dehors de Zhengzhou, des villes environnantes (…), qui ont une base économique légèrement meilleure (que les autres villes de la même province), sont également concernées. » (Xing, responsable d’Asie et d’Europe d’Overseas Education à Zhengzhou).
La stratégie de l’agence vise à sélectionner des familles ayant un fort capital économique, en se basant sur leur origine géographique. Ces familles doivent être considérées comme capables de soutenir les dépenses avant le départ et pendant le séjour à l’étranger. Étant donné que les démarches préalables au départ vers le pays d’accueil sont coûteuses, elles ciblent principalement les parents ayant un fort capital culturel. Ces derniers accordent une grande importance à l’éducation de leur enfant et possèdent une certaine connaissance ou croyance en la valeur d’un diplôme d’un pays d’accueil traditionnel.
D’après les entretiens menés auprès des agences intermédiaires, le tarif augmente en fonction du nombre de services demandés par les étudiants[5]. Cela n’inclut pas des services tels que le séjour dans une ville autre que celle de résidence en vue d’acquérir un niveau exigé du français, ni l’inscription aux examens de français. Or cette étape indispensable pour accéder à une université en France constitue déjà une première barrière pour ceux qui ont envie d’étudier à l’étranger, car les dépenses avant le départ sont importantes, ce qui peut dissuader les familles occupant une position sociale défavorisée.
2.2 Cibler les ratés mais non les recalés
Les démarches des agences ont pour finalité de maximiser les bénéfices générés par un accompagnement. La population ciblée est soigneusement présélectionnée en fonction de leur stratégie commerciale et de leur expérience dans ce secteur. En effet, l’opinion concernant l’image des études à l’étranger est loin d’être exclusivement positive en Chine. Des aspects négatifs sont largement diffusés, comme l’explique Sztanke : les étudiants chinois en France sont issus des familles aisées et font face à un échec au Gaokao, avec des performances scolaires médiocres. Le principal groupe de notre corpus, comprend donc vingt étudiants qui ont choisi les études en France après le concours du Gaokao. Il est composé par des « étudiants sérieux », terme utilisé par Catherine Agulhon (2009 : 122) pour décrire les étudiants chinois à Paris. Les parcours scolaires de douze étudiants dans un lycée pilote, voire des classes pilotes illustrent leurs performances scolaires, car un lycée pilote réunit les collégiens ayant obtenu les meilleures notes lors de l’examen d’entrée au lycée.
Les entretiens avec les étudiants nous ont permis de mettre en lumière une autre modalité d’action des agences intermédiaires. Ces dernières interviennent dans tel ou tel lycée, au nom de la coopération entre le lycée et les institutions étrangères. Ainsi ces agences parviennent-elles à attirer les lycéens et leurs parents, en plus des actions de promotion qu’elles mènent sur Internet. Or les lieux d’intervention ont été préalablement identifiés et choisis en suivant des stratégies discriminatoires. Dans cette dernière modalité d’action, les agences adoptent une stratégie visant à sélectionner les élèves ayant un fort capital scolaire, notamment ceux inscrits dans les lycées pilotes ou les classes pilotes des grandes métropoles. Les agences interviennent sur différents segments du marché de la mobilité étudiante. Comme le souligne Kai, la cible de l’agence est celle des lycéens dans les classes pilotes d’un lycée pilote.
« En fait, c’est une agence intermédiaire, qui est venue dans notre lycée pour faire des publicités. Sa cible : les lycéens dans les classes pilotes, qui sont ses clients potentiels. » (Kai, étudiant de 25 ans, M2 en environnement, arrivé en France depuis août 2016).
Un score élevé au Gaokao, nécessaire pour intégrer les universités de premier rang en Chine, est requis pour postuler à une université française, comme plusieurs étudiants nous l’ont confirmé. Sachant que ce taux s’élève seulement à 12,43% dans l’ensemble de la Chine en 2020, moins de 10% pour certaines provinces en raison d’un déséquilibre des ressources de l’enseignement supérieur entre les provinces en Chine. De ce fait, on ne peut pas qualifier les étudiants choisissant les études à l’étranger de recalés, mais plutôt de ratés. Autrement dit, les étudiants ont réussi le concours rigide et connu par sa forte concurrence qu’est le Gaokao et c’est plutôt le score obtenu qui ne leur a pas permis d’accéder à la formation ou à l’établissement souhaité. Selon Qi, les agences disposent d’informations leur permettant de savoir quels lycéens ont obtenu un score satisfaisant au Gaokao mais néanmoins insuffisant pour accéder aux universités prestigieuses.
« C’est une agence qui a coopéré avec notre lycée mais elle ne s’adressait pas à tous les lycéens. Elle ciblait ceux qui ont généralement de bons résultats (au Gaokao), mais qui n’ont peut-être pas été acceptés dans les universités de leur choix à la fin (…). » (Qi, étudiante de 24 ans, M2 en économie et gestion, arrivée en France depuis février 2016)
Les différents propos recueillis mettent ainsi en valeur les inégalités d’accès à l’opportunité d’entreprendre des études supérieures à l’étranger. Les agences ayant pignon sur rue adoptent une stratégie ciblée sur certaines grandes villes et visent en particulier les lycées et les classes pilotes, en plus d’une stratégie de communication sur internet. L’inscription dans un lycée pilote offre non seulement aux lycéens de meilleures opportunités d’accéder à l’enseignement supérieur en Chine, mais leur ouvre également davantage de portes pour découvrir d’autres possibilités, telles que des études à l’étranger. Inversement, les étudiants inscrits dans les lycées ordinaires et issus des zones rurales ont un accès plus difficile à ces opportunités. La socialisation à la mobilité internationale est loin d’être homogène et le seul étudiant issu d’un milieu rural que nous avons pu interroger n’a eu connaissance de la possibilité d’étudier en France qu’après des années d’études en licence dans une université de langues étrangères en Chine.
3. Un moyen pour rendre effectif le projet de mobilité internationale
Le récit des étudiants confirme que leur « premier niveau de projet » selon Agulhon (2009) : le projet de départ (vers un pays étranger, sans précision), ne suffit pas à déterminer le départ vers la France « deuxième niveau de projet » (une destination précise), départ que l’agence intermédiaire qui intervient dans le lycée rend attractif et auquel elle prépare, jouant ainsi un rôle non négligeable, puisqu’elle contribue à le rendre effectif.
3.1 La sur-dépendance de nouveaux bacheliers
Parmi les 36 étudiants interrogés dans notre enquête, 25 ont eu recours à une agence intermédiaire. Parmi ces étudiants, le degré de dépendance à l’égard des agences intermédiaires varie fortement. C’est pour ceux qui arrivent en France après la fin de leurs études secondaires que la dépendance à l’égard des agences apparaît la plus marquée, ce qui affecte non seulement le choix du pays d’études à l’étranger, mais aussi celui de l’établissement et de la formation. Pour les étudiants ayant déjà terminé une licence ou un master en Chine, leur spécialisation influence dans une certaine mesure le choix de leur domaine d’études en France. En effet, la cohérence entre le parcours antérieur et le projet d’études est généralement demandée lors du contrôle des dossiers par Campus France. Le niveau d’études au moment du départ ainsi que les exigences administratives jouent un rôle en construisant des filtres pour sélectionner les étudiants internationaux (Agulhon et Ennafaa, 2016 ; Erlich et al., 2021).
Choisissons le cas des plus jeunes arrivants, étant donné sa représentativité en termes de nombre d’étudiants ayant recours aux agences. En effet, 19 étudiants sur 20 interrogés ont eu recours aux agences, ce que nous abordons dans cet article. C’est la sur-dépendance vis-à-vis des agences intermédiaires, dont l’influence a pesé sur le choix de la France pour les bacheliers chinois. Les individus de deux autres groupes voulant étudier en France sont moins dépendants de ces professionnels : soit la socialisation à la langue et au système éducatif français a été réalisée lors de leur formation de licence en Chine ; soit l’inscription s’opère dans des programmes franco-chinois dans lesquels les procédures administratives sont simplifiées ou supprimées. La sur-dépendance évoquée ici désigne le fait que les nouveaux bacheliers et leurs familles ne peuvent se passer du recours aux agences tout au long du processus d’études en France, depuis l’élaboration du projet de départ jusqu’à l’installation dans le pays d’accueil.
En effet, la simple explication par la période de confusion des étudiants ne suffit pas à expliquer les difficultés rencontrées lors de l’orientation post-secondaire vers l’étranger par les étudiants. D’abord, tous les établissements d’enseignement supérieur ne fournissent pas clairement les informations concernant leurs formations. Ensuite, le “ mur ” d’internet établi par la politique chinoise, qui bloque l’accès à des sites étrangers, empêche les étudiants d’y accéder. Enfin, il y a la barrière linguistique : les étudiants ne maîtrisent pas encore suffisamment le français pour comprendre pleinement les descriptions des programmes, en particulier pour les lycéens qui n’ont aucune connaissance en français. Les présentations des diplômes et des programmes sont en outre elliptiques, elles se réfèrent à des activités et à des disciplines qui n’ont pas forcément leur pendant en Chine. Par ailleurs, les travaux sur l’orientation dans l’enseignement supérieur menés par des chercheurs français sur des lycéens ou étudiants français ont montré que les difficultés ne manquaient pas non plus pour eux (Bodin et Millet, 2011). En France, la mise en place du dispositif Parcoursup en 2018, puis celle de la plateforme « Trouver mon master » en 2023, ont rendu les procédures d’inscription opaques et modifié les moments réservés à l’information et aux candidatures, qui interviennent désormais très tôt dans l’année et non plus à la fin de l’année scolaire ou universitaire. Plusieurs travaux ont d’ailleurs rapidement montré les limites et les problèmes que pose Parcoursup, dont ceux de l’accès à la connaissance des parcours proposés, très inégaux selon l’origine sociale des étudiants, le baccalauréat obtenu, et le délai entre le dépôt de la candidature et les réponses des établissements (Frouillou, et al., 2022). Face à ces obstacles structurels, linguistiques et institutionnels, les étudiants issus de milieux favorisés font appel à un intermédiaire afin de les contourner.
3.2 L’influence sur le pays d’études
Dans notre enquête, il apparaît que l’agence intermédiaire joue un rôle prédominant non seulement dans la préparation du départ à l’étranger (l’obtention d’informations, l’apprentissage du français, le choix de l’établissement, la candidature et la préparation des procédures administratives), mais aussi dans l’influence exercée sur la décision de choisir d’étudier à l’étranger, ainsi que sur le choix spécifique du pays de destination. Les enquêtes menées dans les pays francophones, où le français est souvent la langue officielle, se distinguent en cela que cette langue est considérée comme minoritaire dans la tradition chinoise[6]. La grande majorité des écoles secondaires ne proposent pas le français en tant que langue vivante. Parmi nos enquêtés, aucun n’a pris le français comme langue vivante à l’école secondaire en Chine (à l’exception de deux étudiants qui ont été lycéens à l’étranger), et leurs parents n’ont généralement aucun lien avec cette langue ou le pays qu’elle représente.
Parmi eux, dix-neuf sur vingt ont fait appel à une ou plusieurs agences intermédiaires, et quatorze ont commencé à apprendre le français avec leur agence. Ainsi constatons-nous une forte dépendance des étudiants vis-à-vis des agences intermédiaires, dont l’influence a pesé sur le choix de la France. En effet, sur un échantillon de dix-huit étudiants sur vingt partant à l’étranger après la fin des études secondaires en Chine, la destination initiale du départ à l’étranger n’était pas la France. Aussi, la présence de l’agence intermédiaire leur a-t-elle fait changer la destination. Par exemple, au moment où Lun est confronté à un tournant important de sa vie, la présence occasionnelle d’une agence intermédiaire lui fait changer son projet initial. Au sein des lycées, les agences peuvent toucher et convaincre directement les futurs étudiants et leur famille, avec d’autant plus de succès qu’elles possèdent des informations et des connaissances pratiques qui facilitent la tâche de leurs clients potentiels et peuvent ainsi les attirer.
« Après les examens (Gaokao), (…), j’étais assez perdu. Ensuite, notre école avait invité un représentant de recrutement des étudiants de l’Université d’Angers, (…), je suis allé à cette rencontre. Là-bas, j’ai commencé à envisager l’étranger, j’ai entendu parler de la France et de ses avantages (…) J’ai décidé d’essayer, et finalement, j’ai réussi l’entretien, combiné avec mes résultats de Gaokao (…). » (Lun, étudiant de 23 ans, L3 en informatique, arrivé en France depuis janvier 2018)
Dans le cas de Jing, si l’échec au Gaokao l’a poussée à renoncer à son projet d’intégrer une université prestigieuse en Chine, c’est l’intervention d’une agence intermédiaire dans son lycée qui lui a permis d’élaborer son deuxième projet en faveur d’une poursuite d’études en France.
« Je me sentais alors très confiante et mes objectifs incluaient des universités les plus prestigieuse en Chine,(…) Mais finalement, mes résultats n’étaient pas satisfaisants, et après cela, je ne voulais plus poursuivre mes études en Chine. J’ai assisté à une conférence organisée par une agence qui vantait les avantages de partir étudier en France. C’est là que j’ai commencé à envisager de venir en France. (…) Elle (l’agence) a également soumis des candidatures pour certaines universités, par sécurité, mais je ne me suis pas vraiment concentrée là-dessus. » , (Jing, étudiante de 22 ans, L2 en psychologie, arrivée en France depuis janvier 2019)
3.3 L’influence sur le choix de formation
On constate que les agences intermédiaires jouent un rôle crucial non seulement dans le choix du pays d’études, mais aussi dans la sélection spécifique des établissements et des formations. L’aspect important à retenir à travers le récit de certains étudiants est que les agences mettent en place diverses stratégies pour accroître les chances des étudiants, en multipliant les candidatures et en ajoutant aux établissements sélectionnés a priori des établissements où les admissions sont plus faciles à obtenir. Cette liste d’établissements résulte des connaissances et des expériences accumulées par les agences. Cette stratégie a un double objectif : augmenter les chances de succès de leurs candidats et ne pas rembourser les frais de service en cas d’échec. Les agences fiables sont des spécialistes du marché de la mobilité internationale étudiante, et pour obtenir des taux de réussite satisfaisants, elles maîtrisent la politique d’accueil de certains établissements. À la stratégie d’orientation privilégiée vers les écoles privées en France illustrée par Tenret (2024), les agences s’appuient sur d’autres leviers d’action. En s’appuyant sur leur expérience, elles multiplient le nombre de candidats dans certaines spécialités ou dans certaines universités, souvent en province, afin d’accroître leur chance de réussite.
Pour certains étudiants, l’agence est le seul moyen d’obtenir des informations, dont la validité n’est cependant pas toujours garantie. En effet, les agences proposent des candidatures dans les établissements avec lesquels elles coopèrent afin de garantir leurs intérêts commerciaux, sans forcément bien prendre en considération les intérêts de leurs clients, qui peuvent sembler captifs. En plus des financements des étudiants, elles reçoivent probablement une commission ou bénéficient de quelques avantages de la part des établissements auxquels elles adressent des candidats. Dans notre enquête, ce pouvoir des agences est clairement observable dans le cas de deux étudiantes qui souhaitaient s’orienter vers une formation en psychologie en France. Or leur agence refuse ce choix en précisant qu’elle n’est ouverte qu’aux titulaires d’un baccalauréat scientifique. Pour Jing :
« A l’époque, mon agence m’a informée que, en raison de mon Gaokao littéraire, je ne pouvais pas postuler en psychologie, car cette option n’était apparemment ouverte qu’aux titulaires d’un baccalauréat scientifique. Même si je doutais de cette information, c’est l’agence qui fait la demande et je n’avais pas vraiment le choix. (…) Cependant, une fois que je suis arrivée en France et que j’ai entamé une formation préparatoire (la formation avec une durée variée avant d’entrer en licence), mon professeur m’a expliqué le contraire. Il m’a dit que je pouvais choisir n’importe quelle spécialité, y compris la psychologie. J’ai donc immédiatement décidé d’opter pour la psychologie. » (Jing, étudiante de 22 ans, L2 en psychologie, en France depuis janvier 2019).
Wen a également rencontré ce type de problème. Après avoir terminé ses études secondaires et ayant été influencé par un ami pour poursuivre des études à l’étranger, elle est finalement arrivée en France. Elle a commencé par des cours de français avant d’entrer en licence de psychologie, la formation qu’elle espérait. Cependant, cette décision a été rejetée par son agence intermédiaire.
« J’ai commencé mes études de langue à Lyon. Parce que je veux la psychologie lorsqu’elle (l’agence) demande la pré-inscription. Mais elle m’a dit que c’est pas faisable, c’est très difficile, ou d’autres raisons. Je suis venue avec une pré-inscription en économie et gestion.» (Wen, étudiante de 25 ans, M2 en psychologie, en France depuis août 2016).
Ces influences sur le pays de destination et sur le choix de formation mettent en lumière la sur-dépendance des étudiants à l’égard des agences intermédiaires. Ce constat a déjà été souligné par Huang et al. (2016), pour souligner le faible pouvoir dont disposent également les établissements étrangers référents, notamment leur capacité réduite à exercer un contrôle sur les activités des agences, sur un marché très concurrentiel.
Les étudiants se retrouvent donc dans une position relativement passive, face à un parcours préconfiguré par les agences qui ne proposent pas du “sur mesure”, contrairement à ce qu’attendent leurs clients. Les étudiants ne peuvent pas choisir indépendamment leur discipline, leur ville ou leur établissement d’études. Par conséquent, ils peuvent être dirigés par les agences vers des établissements en province où ils ne souhaitent pas vivre, ou vers des formations autres que celles qu’ils souhaitent poursuivre, avant finalement de se retrouver dans une université francilienne, une fois qu’ils ont intériorisé les règles qui commandent les inscriptions à l’université… et démentent les propositions limitées que les agences leur ont adressées. Cet apprentissage peut avoir lieu avant le départ à l’étranger mais il intervient également sur place, au fil d’une socialisation plutôt rapide. En effet, les étudiants interrogés ne restent pas passifs et peuvent se montrer mobiles une fois installés en France.
Conclusion
Les agences intermédiaires sont des « courtiers d’informations » (Yang et al., 2022, p.581). Les informations détenues et sélectionnées par les agences leur permettent d’occuper une position dominante vis-à-vis de leurs clients. Face à une baisse de la croissance économique en France, l’apport économique des étudiants étrangers est souligné par les études statistiques de Campus France (2022). Est-ce que ce moyen efficace, comme le confirment les tendances observées dans les pays anglophones, sera mobilisé par les établissements français dans un contexte où la position dominante de certains pays d’accueil traditionnels est menacée par des pays d’accueil émergents (Erlich et al., 2021), afin de recruter davantage des étudiants internationaux face au constat d’un ralentissement des mobilités étudiantes vers la France (Kabbanji et Toma, 2020) ? Un plus grand nombre d’enquêtes pourraient être menées dans les établissements d’enseignement supérieur français, notamment les écoles de commerce et ceux qui ont le statut privé afin de comprendre s’ils s’engagent dans le mouvement de quête de cerveaux dans l’internationalisation et la mondialisation de l’enseignement supérieur.
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[1] Le taux de change de la monnaie chinoise appliqué ici est de 1 euro=7,65 RMB (yuans).
[2] Malgré que les deux autres agences se sont implantées dans moins de villes en Chine que la première, elles sont toutes classées dans la liste Top 5 des agences intermédiaires visant les études à l’étranger. Une liste non-officielle par une circulation verbale, mais reconnue dans ce secteur, le responsable de S.E. nous l’a confirmé.
[3] Évaluer 337 villes chinoises au niveau de la préfecture et au-dessus en fonction de l’indice à cinq dimensions : la concentration des ressources commerciales, le pivot urbain, l’activité urbaine, la diversité des modes de vie et de la plasticité future, et classer : des villes de premier groupe (4/337), des villes de nouveau premier groupe (15/337), des villes de deuxième groupe (30/337), des villes de troisième groupe (70/337), des villes de quatrième groupe (90/337) et des villes de cinquième groupe (128/337). Plus le classement est avancé, meilleur est le développement de la ville.
[4] Le seul bureau de la province du Henan.
[5] Selon les grandes agences interrogées, leur tarif varie entre 10 000 yuans (1 300 euros) et 100 000 yuans (13 000 euros) en fonction de nombre de services demandés.
[6] En Chine, sauf l’anglais, toutes les autres langues étrangères sont considérées comme minoritaires.