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Numéro 61

Adolin Paul EGNANKOU, LES CHOIX DE PRATIQUES AGRICOLES À PARTIR DU CAS DES PAYSANS AGNI DE BETTIÉ, ADIOUKROU D’ORBAFF ET ÉBRIÉ DE SONGON-AGBAN (CÔTE D’IVOIRE)

La plupart des paysans autochtones agni de Bettié, adioukrou d’Orbaff et ébrié de Songon-Agban abandonnent à des cultivateurs allochtones et allogènes la production commerciale de vivriers à destination commerciale ou servant à l’alimentation des populations locales, pour se maintenir dans l’hévéaculture, malgré la chute des prix
du caoutchouc. L’étude montre que ces choix sont guidés par des logiques sociales qui privilégient la pratique de cultures pérennes, dont les produits sont en grande partie destinés au marché international. Plus que l’économique, ce sont des considérations socioculturelles, (les valeurs, les croyances et les représentations sociales) et relationnelles (domination sur les étrangers et les femmes, maintien dans les filets de sécurité sociale) qui influent sur ce choix de l’hévéaculture, lequel constitue l’un des principaux obstacles à l’autosuffisance alimentaire dans ces localités.

Mots-clés : aliment de base, logique sociale, socio-économie, pratique agricole, hévéaculture.

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Meless Siméon AKMEL, LOGIQUES SOCIOÉCONOMIQUES ET RISQUES SANITAIRES LIÉS À LA PRODUCTION DU SAVON ARTISANAL À DAR-ES-SALAM (BOUAKÉ, CÔTE D’IVOIRE)

Les sociétés modernes africaines sont confrontées aujourd’hui au problème du chômage. En Côte d’Ivoire, malgré la croissance économique, les populations ploient sous le poids du chômage et de la pauvreté. La ville de Bouaké n’ est pas épargnée. Le cas du quartier de Dar-Es-Salam est sur ce point éloquent : les petits métiers y pullulent. Il en va ainsi de la fabrication du savon artisanal kabakrou observée dans ce quartier précaire. Notre étude (qualitative et quantitative) identifie les valeurs économiques et socioculturelles qui orientent le travail de fabrication du kabakrou. Elle décrit et analyse également les risques sanitaires entraînés par cette fabrication : conjonctivite, affections pulmonaires, arthrose. Sont enfin étudiées les stratégies thérapeutiques adoptées par les populations concernées pour tenter de recouvrir la santé. Toutefois, ces réponses à la maladie sont bien insuffisantes par rapport à ce qui serait souhaitable.

Mohamed-Amokrane ZORELI, LA KABYLIE : DON, RECIPROCITE ET RESILIENCE SYSTEMIQUE. LE RENOUVELLEMENT DES PRATIQUES

L’objet de cette contribution est de montrer qu’en Kabylie, il existe une logique d’innovation sociale et solidaire différente des logiques de solidarité occidentales. Pour ce faire, nous présenterons des pratiques qui nous ont permettrons de voir que, baignés dans une culture particulière, les acteurs de la Kabylie ont leur propre façon d’être en communion et de se solidariser avec les autres, que ceux-ci soient proches ou lointains.

Mots clés : société communautaire, binôme État/marché, crise, résilience systémique, solidarités spécifiques.

Numéros

Numéro 59-60

Mahefasoa RANDRIANALIJAONA, Emilienne RAPARSON, Thierry RAZANAKOTO, Jérôme BALLET, ALÉAS CLIMATIQUES ET MIGRATION. UNE ÉTUDE DE CAS DANS LA RÉGION ANALANJIROFO, MADAGASCAR 

La côte Est de Madagascar est touchée par de nombreux cyclones chaque année. A cette situation s’ajoute une insécurité alimentaire forte pour les ménages. Dans ces conditions, les ménages devraient adopter une stratégie de migration. A partir d’une enquête sur deux villages, nous tentons de comprendre pourquoi en réalité les populations ne migrent pas alors que leurs conditions de vie devraient les pousser à le faire. Notre
réponse réside dans l’analyse de la solidarité villageoise qui constitue un frein au mouvement des personnes.

Robert TÉFÉ TAGNE, LA SOCIO-ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE DES MARCHÉS ALTERNATIFS URBAINS : ENCASTREMENT SOCIAL DES LOGIQUES MARCHANDES 

Cette étude a pour objet les marchés alternatifs urbains à Douala au Cameroun. Elle se propose de répondre à la question suivante : en quoi les petits métiers urbains sont-ils porteurs de collectifs d’acteurs, d’interactions, de dispositifs marchands, de règles du jeu implicites caractéristiques des marchés alternatifs, alors que, en dépit de leur utilité sociale et économique, ces métiers se situent dans des espaces faiblement légitimés? L’approche est qualitative, valorise l’ethnographie de terrain, et se concentre sur deux activités: l’activité de bayam-sellam, et la transformation du rotin. La posture théorique fait appel à l’hybridation scientifique, sur fond d’ethnométhodologie. Les résultats révèlent que dans des conditions jamais définitives, mais toujours en construction, les marchés alternatifs produisent des logiques marchandes socialement encastrées.

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Fiorella VINCI, ENTREPRISES FAMILIALES ET INNOVATION ÉCONOMIQUE

Quelles relations existe-t-il entre entreprises familiales et innovation économique ? Pour tenter de répondre à cette question, l’article propose des clefs d’interprétation empruntées à Max Weber afin de revenir sur les traits historiques et publics de l’entrepreneur schumpétérien. Au niveau empirique, les logiques et les pratiques d’innovation racontées par de jeunes entrepreneurs agricoles travaillant sur tout le territoire italien sont analysées. Le croisement du théorique et de l’empirique fait ressortir la fonction promotionnelle de l’histoire familiale et le rôle d’autres acteurs publics locaux (banques, communes, associations professionnelles, universités) quant aux possibilités des jeunes de mettre en place des actions novatrices. La possibilité pour les jeunes de choisir leur parcours professionnel et la valorisation des fins sociales de l’entreprise apparaissent comme les pistes principales pour promouvoir l’action novatrice des jeunes dans les entreprises familiales.

Paul Ulrich OTYE ELOM, REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DES TRANSFERTS D’ARGENT AU CAMEROUN : UNE ANALYSE ANTHROPOLOGIQUES DES FONDS DIASPORIQUES 

Au Cameroun, avoir des accointances familiales avec des individus installés dans les pays occidentaux est synonyme de recevoir constamment d’eux des cadeaux et de l’argent. L’Occident reste l’Eldorado dont tout le monde rêve pour sortir de la misère ; et pour ceux qui voient un des leurs partir, c’est une fierté immense, car avec lui, naît l’espoir de lendemains meilleurs. En effet, chaque année, sont envoyées à des particuliers de fabuleuses sommes d’argent provenant des pays du Nord. Le plus souvent, cet argent est utilisé pour les besoins essentiels et peu nombreux sont ceux qui prennent le risque de l’investir dans des projets à long terme. L’argent des transferts reste en grande partie l’ « argent du ventre », puisqu’il s’agit de satisfaire des besoins primaires ; l’ « argent de la frime », puisqu’il faut montrer aux autres qu’on est passé de la survie à la vie. Cet article s’efforce à révéler le « sens du dedans » des transferts et les patterns culturels qui font des fonds diasporiques, des fonds de subsistance, plutôt que des fonds pour un investissement économique durable.

Thierry SUCHÈRE, UNE RELECTURE DE L’ARGENT [1891] D’ÉMILE ZOLA : LA COMPARAISON ENTRE LES BOURSES DE VALEURS ET LES AIRES DE JEUX.

La seconde moitié du XIXe siècle voit émerger un nouveau genre littéraire : le roman de Bourse. Dans un contexte où plane l’ombre de grands scandales financiers, l’opinion publique, les hommes politiques et les médias des pays développés s’interrogent pour savoir s’il faut laisser librement fonctionner les Bourses de valeurs. Analysant L’Argent [1891] de Zola, on montre que la Bourse y est décrite comme un tripot, les spéculateurs comme des voleurs de grand chemin et les petits épargnants comme des naïfs. Parler de la Bourse comme d’un jeu signifie en faire le procès, les mêmes reproches étant adressés à la spéculation et aux jeux d’argent (cf. le poker…) : rendre possible l’enrichissement de quelques individus, ouvrir des perspectives d’ascension sociale en s’appuyant uniquement sur le hasard et se situer à l’opposé de tous les discours sur le mérite et le travail.

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Philippe HUGON, ANTHROPOLOGIE ET ÉCONOMIE DANS UN CONTEXTE DE GLOBALISATION

Les disciplines peuvent être conçues comme des modes d’inclusion et d’exclusion dans le champ de l’analyse au nom de méthodes spécifiques et de référents irréductibles. Elles sont également une manière de découper le réel et de donner un éclairage partiel à une réalité complexe. Le champ du développement a été un lieu de rencontre et de confrontation obligé de l’anthropologie et de l’économie. Aujourd’hui, la globalisation remet en question les divisions Nord/Sud et renvoie à la fois à un monde interconnecté et à des replis identitaires. Elle oblige à relier le particulier localisé et l’universel. Cette communication rappelle (I) l’histoire des relations entre anthropologie et économie à propos de la question du développement ; (II) elle propose ensuite quelques pistes pour fonder une anthropologie économique dans un monde globalisé asymétrique et de crispations identitaires.

François-Régis MAHIEU, L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE, UN RETOUR AU SUJET ?

Le statut et l’objet de l’anthropologie économique sont très discutés en sciences sociales, sauf en économie, depuis la condamnation de cette méthode par Frank Knight en 1941. Cette méthode permet une vision alternative à l’homo œconomicus : celle de la «personne totale», intégrant ses différentes dimensions, notamment psychologiques. Elle rend l’économie responsable en élargissant le crime économique jusqu’à toute décision pouvant augmenter la souffrance.

Alice Nicole SINDZINGRE, LA PERTINENCE DE L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE FACE À UNE ÉCONOMIE INTÉGRANT LES CONCEPTS DE L’ANTHROPOLOGIE : L’EXEMPLE DES NORMES SOCIALES

Tandis que l’anthropologie économique connaissait à la fin du 20ème siècle une éclipse relative, l’économie étendait ses objets d’étude à des phénomènes auparavant situés hors de son champ, tels que les institutions et les normes sociales régissant les comportements, les institutions politiques ou les représentations cognitives. L’économie estime désormais qu’elle analyse les objets des autres sciences sociales avec davantage de rigueur scientifique en raison de sa méthodologie fondée sur les mathématiques. Sur l’exemple des institutions régissant les appartenances sociales, et dans le contexte de l’Afrique sub-saharienne, l’article montre que les institutions ne sont pas des variables mesurables et que pour en analyser les effets économiques, l’approche anthropologique demeure épistémologiquement supérieure.

Numéros

Numéro 56

Cécile VAN DE VELDE, UNE GÉNÉRATION « INDIGNÉE » ? LES JEUNES FACE A LA CRISE EN EUROPE

L’accès des jeunes européens aux marchés du travail, et plus largement, les conditions de leur insertion sociale et de leur passage à l’âge adulte, sont mis à rude épreuve par la crise, L’article montre, à partir d’enquêtes comparatives internationales (France, Grande-Bretagne, Espagne, Danemark), que le sort des jeunes est loin d’être identique d’une société à l’autre, leurs parcours étant structurés par des modèles contrastés, enracinés dans les institutions, les politiques publiques et les traditions culturelles propres à chaque pays ou région.

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Eric MARLIÈRE, LES JEUNES A L’ÉPREUVE DES INSTITUTIONS LOCALES D’ENCADREMENT

Un profond sentiment d’injustice s’est développé parmi jeunes des quartiers défavorisés des grandes villes françaises ; il se manifeste aussi bien par des émeutes périodiques que par une très grande défiance par rapport au politique, aux institutions et à leurs agents locaux (policiers, travailleurs sociaux, etc.), par le développement d’idées politiques radicales, mais aussi par le découragement, le cynisme, et l’absence de projet. L’auteur montre comment ce sentiment d’injustice s’alimente d’une expérience quotidienne de la discrimination, de la stigmatisation de la religion musulmane, des rapports de violence avec la police, du poids de l’histoire migratoire de la génération précédente, et de l’absence de transmission intergénérationnelle.

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François DUBET, LES ÉPREUVES DE L’INSERTION DES JEUNES. LES LIMITES DE L’IDÉE « ADÉQUATIONNISTE »

En France, la massification de l’enseignement secondaire et supérieur s’est réalisée à partir des années 1960 avec la conviction, bien ancrée dans les traditions égalitaires, méritocratiques et corporatistes de la République, que tout diplôme est le garant d’un statut professionnel correspondant. Si cette conviction « adéquationniste » a pu conserver une certaine pertinence pendant la période de forte croissance de l’économie et des emplois, il n’en va plus de même dans le contexte contemporain de la crise de l’emploi, où elle devient source d’exclusion des non diplômés, de compétition sauvage et de renforcement des inégalités.

Stéphane BEAUD, FRONTIÈRES SCOLAIRES ET FRACTURES DE LA JEUNESSE FRANÇAISE

Après avoir expliqué que la politique initiée dans les années 1980 d’amener 80% des jeunes au niveau du bac a contribué à instaurer les études longues comme norme, l’auteur montre que, triant les élèves en fonction de leur origine sociale, le système scolaire occupe une place centrale dans la reproduction sociale. Toutefois, la pratique d’activités (sport, …) peut être l’occasion de se constituer un capital de relations transférable dans le monde du travail, et facilitant l’insertion professionnelle. L’auteur explique ensuite que l’accès aux études supérieures pour les jeunes des milieux populaires est à la fois valorisant et source de contraintes auxquelles il ne leur est pas toujours aisé de se conformer. La massification de l’enseignement supérieur engendre également des contradictions et des confrontations entre plusieurs fractions de la jeunesse à l’université.

Aziz JELLAB, QUAND LE LYCÉE PROFESSIONNEL CONTRIBUE A L’ÉMERGENCE DES PROJETS CHEZ LES JEUNES. ANALYSE SOCIOLOGIQUE D’UNE MUTATION

Le lycée professionnel est souvent considéré comme une voie de relégation dans le système scolaire français, et comme un vecteur de la reproduction social des situations de domination. L’auteur, sociologue et inspecteur de l’éducation nationale, s’inscrit en faux contre ce point de vue, et s’efforce de montrer à partir d’un corpus d’entretiens, comment, à travers une pédagogie spécifique, le lycée professionnel redonne une motivation à  apprendre à des élèves en rupture plus ou moins nette avec l’école, et contribue à l’émergence chez ces jeunes de projets professionnels et d’une représentation positive de leur avenir.

Thierry DEZALAY, Albert GUEISSAZ, QUELQUES ENSEIGNEMENTS D’UNE RECHERCHE RÉALISÉE AVEC LA MISSION LOCALE DE L’AGGLOMÉRATION HAVRAISE 

Résume des principales conclusions d’une enquête de terrain auprès des conseiller-e-s de la Mission locale du Havre et auprès de jeunes suivis par cette institution qui a pour objectif d’aider les jeunes de 16 à 25 ans dans leur recherche d’une formation ou d’un emploi à construire un projet et accéder à l’autonomie. Sont mis en évidence les décalages entre l’action de la Mission locale et les situations et représentations des jeunes. Ces résultats sont complétés par un bref compte rendu des discussions qui ont eu lieu avec les personnels de la Mission locale à la suite de la présentation du rapport de recherche et du cycle de conférences sur l’insertion des jeunes.

Numéros

Numéro 55

Eliane CHRISTEN-GUEISSAZ, ENJEUX DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE DANS L’INTERACTION ENTRE MIGRANTS ÂGÉS ET PROFESSIONNELS DE L’ACCOMPAGNEMENT EN MILIEU D’HÉBERGEMENT

L’article rend compte d’une recherche entreprise dans un contexte de diversification progressive des origines des résidents âgés migrants dans les établissements médico-sociaux (EMS, équivalent suisse des EHPAD en France) et de l’augmentation prévisible de leur effectif. Elle avait pour objectif d’identifier les ressources et les difficultés liées à cette diversité culturelle, pour favoriser une meilleure intercompréhension entre professionnels et résidents. L’analyse des résultats de l’enquête menée auprès des résidents migrants et des professionnels dans 14 établissements des cantons de Vaud et de Genève, est présentée selon quatre axes : les interactions entre résidents migrants et aides-soignants, les attentes des résidents migrants et les réponses des institutions, l’observation de situations-clés d’accompagnement, la politique institutionnelle en matière d’intégration des différentes cultures. La conclusion reprend les problèmes et les ressources actuelles ou potentielles en matière d’accompagnement des résidents migrants dans les EMS.

Sepideh PARSAPAJOUH, DE LA CONSTRUCTION DE L’ABRI À L’HUMANISATION DU LOGEMENT DANS DEUX QUARTIERS POPULAIRES IRANIEN ET FRANÇAIS.

Basé sur l’observation ethnologique, cet article a pour but de démontrer l’existence d’un « art de vivre » manifesté dans l’humanisation de l’espace, chez les habitants de deux quartiers populaires situés dans les marges de la société urbaine dominante. Islamâbâd, dans la ville iranienne de Karaj (région de Téhéran), est un ancien bidonville, habité par une population d’origine rurale, construit illégalement avec des matériaux de récupération, et largement délaissé par l’État. Saint Blaise, dans l’Est parisien, est habité principalement par des foyers d’origine étrangère, placés par l’État dans des logements HLM dont ils ne sont que les « usagers ». Il ne s’agit pas de rapprocher des situations incomparables, mais de comparer les stratégies des habitants pour produire un ordre social durable, un mode de coexistence pacifique et dynamique.

Roger BASTIDE, INTERPÉNÉTRATION DES CIVILISATIONS ET PSYCHOLOGIE  DES PEUPLES (réédition)

Réédition d’un article de Roger Bastide publié en 1950 dans la Revue de psychologie des peuples, revue créée et animée par A. Miroglio, à laquelle Bastide apporta un soutien constant. Dans ce texte, l’auteur veut mettre la psychologie des peuples à l’épreuve de situations dynamiques de rencontre entre les cultures et les mentalités, ce qui l’amène à souligner l’importance des parcours de vie, de l’expérience et des interactions vécues par
« l’homme marginal », placé au cœur des processus migratoires et/ou au confluent de plusieurs cultures, dans la formation des « mentalités ». Il dessine ainsi les contours d’un programme de recherche et d’une problématique que la sociologie et l’anthropologie n’ont redécouvert qu’assez récemment, celle de l’articulation entre phénomènes psychiques, parcours biographiques, et grands déterminants sociaux, institutionnels et culturels.

Numéros

Numéro 53-54

Patricia SAJOUS, LES SÉMINAIRES 2011-2013 DE L’IRSHS. AU CARREFOUR DES TROIS « I » : IDENTITÉ, INTERDISCIPLINARITÉ, INTERPERSONNALITÉ
L’auteure de l’article présente l’origine, le contexte institutionnel et les principes d’animation du cycle de séminaires qu’elle a coordonné et animé entre 2011 et 2013 à l’Université du Havre dans le cadre du Pôle de recherches en sciences humaines et sociales. Ce cycle s’est organisé autour de trois objectifs étroitement liés : initier des recherches sur le thème de l’identité, choisi pour son aptitude à faire converger les réflexions des différentes disciplines, élaborer des outils pour une approche interdisciplinaire, et créer du lien entre les chercheurs.
Bruno LECOQUIERRE LIMITES, INTERFACES ET TERRITOIRES
L’article s’inspire des travaux récents sur les limites, qui insistent sur leur fonction générale d’interface de communication et d’échange entre des systèmes, pour inscrire cette notion dans l’espace géographique, ce qui conduit l’auteur à étudier le phénomène de la frontière, et à interroger la façon dont celle-ci définit, différencie, structure et relie des territoires et des identités. La frontière apparaît en définitive non comme une

barrière ou un lieu de relégation, mais comme une zone de contact et d’ouverture, génératrice de flux, d’échanges et de création de richesses.
Mihaela AXENTE PROCESSUS DE CONSTRUCTION TERRITORIALE ET IDENTITÉ: LE CAS DE L’ESTUAIRE DE LA SEINE
Dans une première partie introductive, sont rappelés les travaux récents en géographie qui mettent en évidence la complexité de la nature du territoire comme espace approprié par la pratique, le vécu quotidien, et par l’organisation et la réflexion politiques, articulant des dimensions matérielles et des représentations. L’article, issu d’enquêtes réalisées dans l’Estuaire de la Seine dans le cadre d’un travail de thèse, révèle à l’aide de nombreuses cartes et de graphiques, les décalages et les interactions entre les représentations des délimitations et des identités territoriales que construisent les différentes catégories d’acteurs : acteurs politiques et administratifs, concepteurs de projets de développement territorial, habitants. En conclusion, la réussite des projets territoriaux dépend non d’une impossible coïncidence des différentes représentations, mais de leur articulation et de leur enrichissement mutuel
Albert GUEISSAZ, DES IDENTITÉS COLLECTIVES AUX IDENTITÉS PERSONNELLES. RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CONTRIBUTION DES CAHIERS DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE
Il s’agit de la seconde partie d’un survey des articles publiés au cours de ces trente dernières années par les Cahiers de sociologie économique et culturelle du Havre, destiné à montrer la richesse, la pertinence et l’actualité de la contribution qu’ils apportent à la compréhension de la construction des identités en situation d’interculturalité. Dans cet article, l’auteur met l’accent sur le rapport entre construction des identités collectives et construction des identités individuelles, pour des individus qui se trouvent au carrefour de plusieurs modèles culturels. L’entreprise de construction de soi mobilise cultures et identités selon des modalités très diverses, avec des résultats tantôt positifs et tantôt négatifs.
Christian CHEVANDIER, PÉTRIFIER UN STATUT, CONSOLIDER SON IDENTITÉ. LES TEXTES RÉGLEMENTAIRES ET LEUR HISTOIRE DANS LA MÉMOIRE DES GROUPES SOCIAUX ET PROFESSIONNELS
Comment l’histoire d’un statut, de son élaboration, peut-elle être appropriée par les groupes professionnels, et quels sont les effets de cette démarche identitaire? S’appuyant sur le cas de plusieurs groupes professionnels « à statut » (fonctionnaires, mineurs, cheminots, dockers, personnels hospitaliers, policiers…), l’auteur met en évidence les relations complexes voire paradoxales, et variables selon les cas, entre construction d’une identité collective, mémoire collective et histoire réelle des luttes sociales et de l’institutionnalisation d’un statut professionnel. Il fait appel pour sa démonstration à ses nombreux travaux sur l’histoire du monde ouvrier et syndical.
Isabelle MAILLOCHON ÉMERGENCE ET DÉVELOPPEMENT DES PRONOMS PERSONNELS EN FRANÇAIS : LA QUESTION DU LANGAGE ADRESSÉ A L’ENFANT
L’article a pour objet le rôle des échanges langagiers entre la mère et l’enfant dans le développement de l’usage des pronoms personnels (en français) par l’enfant, dans les premières étapes de sa production du langage. Ces échanges constituent un aspect important de la construction d’une identité personnelle. Après avoir rappelé les apports des principales théories et des principaux modèles de l’acquisition du langage chez l’enfant, l’auteure présente les résultats d’une série d’observations fines et quantifiées des échanges langagiers mère / enfant ; ceux-ci montrent l’évolution de la place des différents pronoms personnels dans le langage utilisé par l’enfant, et le rôle de support, plutôt que de modèle, que joue le langage adressé par la mère à l’enfant.
Daniel RÉGUER, POLITIQUE DE PERTE D’IDENTITÉ
Après avoir présenté les principales conceptualisations concernant la vieillesse et le vieillissement, et leur évolution, l’auteur met en discussion les politiques du vieillissement, et notamment le rôle qu’elles ont attribué au principe du « maintien à domicile le plus longtemps possible ». La déconstruction de la notion de « maintien à domicile » des personnes âgées débouche sur une réflexion sur le rôle du « domicile » comme référentiel de la construction d’une identité personnelle.
Patricia SAJOUS, Albert GUEISSAZ, Jonas PIGEON BILAN ET PERSPECTIVES DU DIALOGUE INTERDISCIPLINAIRE SUR LES PROCESSUS DE CONSTRUCTION DES IDENTITÉS
Les trois auteurs présentent ici un bilan des enseignements tirés de l’expérience du séminaire « Processus de construction des identités » qui s’est déroulé à l’ Université du Havre au cours des années universitaires 2011-2013 dans le cadre du Pôle de Recherche en Sciences Humaines et Sociales. Trois aspects sont abordés successivement : le point sur les convergences dégagées ; le recensement des pistes de recherche ; les divergences – dans ce cas, une absence de divergences qui suscite étonnement et interrogations. En conclusion, un essai d’évaluation des progrès réalisés ou à réaliser au plan des échanges interdisciplinaires.
Numéros

Numéro 52

Albert GUEISSAZ, LA CONSTRUCTION DES IDENTITÉS ET SES ACTEURS. RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CONTRIBUTION DES CAHIERS DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE

Première partie d’un survey en deux volets, dont le but est de mettre à contribution, pour en montrer la richesse, le corpus d’articles publiés dans les Cahiers depuis une trentaine d’années sur le thème de la construction des identités individuelles et collectives, notamment en situation de rencontre de plusieurs cultures.
Dans cette première partie, l’auteur s’attache particulièrement à mettre en évidence le rôle clé des « entrepreneurs » de la construction des identités collectives, leurs finalités et leurs modes d’action.
Edmond Marc LIPIANSKY, L’IMAGERIE DE L’IDENTITÉ : LE COUPLE FRANCE-ALLEMAGNE (réédition)
Dans cet article publié une première fois en 1979 dans la revue Ethnopsychologie, l’auteur interroge la littérature d’essais consacrée aux caractères nationaux (France, Allemagne) dans la première moitié du 20e siècle, pour en dégager une analyse de la méthode de construction des représentations des identités nationales.
La représentation de l’identité nationale française ne se constitue dans cette période que dans le mouvement qui l’oppose à l’identité allemande, chacun des partenaires tendant à assumer l’identité, y compris négative, qui lui est renvoyée par l’autre. L’auteur souligne le rôle joué par des écrivains et intellectuels, aussi bien français qu’allemands, dans l’élaboration et la promotion de cette double représentation, ainsi que la fonction sociale de cette construction, qui exprime la position fonctionnelle des élites dans leurs sociétés respectives et leur rapport aux autres classes.
Marie-Christine MICHAUD, ENTRE MESSINE, L’AQUILA ET LES ETATS-UNIS : LES ITALO-AMÉRICAINS, ENTRE IMMIGRATION ET TRANSNATIONALISME
D’abord caractérisée, au début du 20e siècle, par l’identification au village d’origine, l’identité des immigrants d’origine italienne s’est progressivement définie comme « italienne » par réaction à l’hostilité des groupes dominants aux Etats-Unis, à la stigmatisation et aux discriminations. Cette évolution doit beaucoup à l’action développée par des associations, par une presse en langue italienne, et de façon plus circonstancielle, par des mouvements de solidarité déclenchés au moment de catastrophes ayant frappé le pays d’origine. La référence à la « patrie » italienne n’étant pas contradictoire avec une intégration progressive dans la société nord-américaine, on assiste dans une dernière phase à la constitution d’une identité « italo-américaine ». L’analyse proposée se fonde sur la référence à la littérature sur le « transnationalisme » et sur les enquêtes menées par l’auteure.
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Numéro 51

Philippe BLACHE, SCÉNARIO ENTREPRENEURIAL ET RÉSEAUX DIVERSIFIÉS DE COOPÉRATION DANS LES VALLÉES INDUSTRIALISÉES DE BIELLA

Cet article teste l’hypothèse du capital social et propose de discerner le compromis pour l’action à l’œuvre dans les chaînes relationnelles tissées par les entrepreneurs en situation de coopération. L’objectif avancé est de saisir les valeurs sociales et morales ainsi que les règles implicites qui président à la coordination des activités, à la circulation des ressources et aux transactions effectuées autour d’un nœud de projets et de contrats. L’approche ethnographique est centrée sur la topologie définie par les grappes de PME ainsi que sur l’élargissement spatio-temporel des liens noués par les entrepreneurs textiles de Biella (Italie, Piémont). Nous mettons en évidence la « revitalisation » de la « culture de coopération » propre au district industriel dans le contexte incertain et problématique de la globalisation du marché et des économies.

Mots clés : decision making, coopération restreinte, coopération élargie, symbolique de l’honneur, entrepreneuriat en contexte culturel, industrie textile piémontaise.

Joël CASSÉUS, Accumulation primitive, racialisation des rapports sociaux et domination extérieure en Haïti

Les pays dits du « Sud » sont souvent étudiés seulement afin de comprendre comment ceux-ci permettent l’accumulation primitive du Nord. Effectivement, peu s’intéressent aux dynamiques à l’intérieur même de ces sociétés permettant de comprendre l’origine des changements qualitatifs induits par l’accumulation primitive et ses conséquences sur la configuration de ces sociétés. L’accumulation primitive est un processus initiant une série de changements qualitatifs permettant une connaissance des relations sociales de propriété et des processus racialisés de l’Haïti contemporaine. Une étude des changements induits par l’accumulation primitive en Haïti, avant et après l’invasion américaine de 1915, démontre comment l’ensemble du Monde Atlantique se présente comme un lieu d’accumulation avec des luttes de classes, des processus de racialisation
spécifiques ainsi qu’un ensemble de relations internationales.

Mots-clés : impérialisme, accumulation primitive, Haïti.

Jérôme TOURBEAUX, L’incidence du plurilinguisme sur les situations d’emploi et sur les trajectoires socioprofessionnelles en France

Le présent article vise à mesurer l’éventuelle incidence du plurilinguisme (français + langue étrangère ou régionale apprise pendant la petite enfance) sur l’accès à l’emploi et la trajectoire socioprofessionnelle des individus en France. L’exploitation de l’enquête Trajectoires et Origines (Ined/Insee, 2008) montre que le plurilinguisme nuit peu à l’intégration professionnelle des descendants d’immigrés. Une intégration professionnelle défaillante trouve davantage sa cause dans l’existence d’une certaine hérédité sociale ou de discriminations. En revanche, parmi la population qui connaît une langue régionale, le plurilinguisme semble réduire les chances d’intégration professionnelle : un attachement très fort au territoire correspondant aux limites géographiques de l’idiome régional empêcherait toute mobilité professionnelle en dehors de ce territoire, réduisant ainsi les chances de mobilité sociale ascendante.