Numéros

Numéro 59-60

Mahefasoa RANDRIANALIJAONA, Emilienne RAPARSON, Thierry RAZANAKOTO, Jérôme BALLET, ALÉAS CLIMATIQUES ET MIGRATION. UNE ÉTUDE DE CAS DANS LA RÉGION ANALANJIROFO, MADAGASCAR 

La côte Est de Madagascar est touchée par de nombreux cyclones chaque année. A cette situation s’ajoute une insécurité alimentaire forte pour les ménages. Dans ces conditions, les ménages devraient adopter une stratégie de migration. A partir d’une enquête sur deux villages, nous tentons de comprendre pourquoi en réalité les populations ne migrent pas alors que leurs conditions de vie devraient les pousser à le faire. Notre
réponse réside dans l’analyse de la solidarité villageoise qui constitue un frein au mouvement des personnes.

Robert TÉFÉ TAGNE, LA SOCIO-ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE DES MARCHÉS ALTERNATIFS URBAINS : ENCASTREMENT SOCIAL DES LOGIQUES MARCHANDES 

Cette étude a pour objet les marchés alternatifs urbains à Douala au Cameroun. Elle se propose de répondre à la question suivante : en quoi les petits métiers urbains sont-ils porteurs de collectifs d’acteurs, d’interactions, de dispositifs marchands, de règles du jeu implicites caractéristiques des marchés alternatifs, alors que, en dépit de leur utilité sociale et économique, ces métiers se situent dans des espaces faiblement légitimés? L’approche est qualitative, valorise l’ethnographie de terrain, et se concentre sur deux activités: l’activité de bayam-sellam, et la transformation du rotin. La posture théorique fait appel à l’hybridation scientifique, sur fond d’ethnométhodologie. Les résultats révèlent que dans des conditions jamais définitives, mais toujours en construction, les marchés alternatifs produisent des logiques marchandes socialement encastrées.

Fiorella VINCI, ENTREPRISES FAMILIALES ET INNOVATION ÉCONOMIQUE

Quelles relations existe-t-il entre entreprises familiales et innovation économique ? Pour tenter de répondre à cette question, l’article propose des clefs d’interprétation empruntées à Max Weber afin de revenir sur les traits historiques et publics de l’entrepreneur schumpétérien. Au niveau empirique, les logiques et les pratiques d’innovation racontées par de jeunes entrepreneurs agricoles travaillant sur tout le territoire italien sont analysées. Le croisement du théorique et de l’empirique fait ressortir la fonction promotionnelle de l’histoire familiale et le rôle d’autres acteurs publics locaux (banques, communes, associations professionnelles, universités) quant aux possibilités des jeunes de mettre en place des actions novatrices. La possibilité pour les jeunes de choisir leur parcours professionnel et la valorisation des fins sociales de l’entreprise apparaissent comme les pistes principales pour promouvoir l’action novatrice des jeunes dans les entreprises familiales.

Paul Ulrich OTYE ELOM, REPRÉSENTATIONS CULTURELLES DES TRANSFERTS D’ARGENT AU CAMEROUN : UNE ANALYSE ANTHROPOLOGIQUES DES FONDS DIASPORIQUES 

Au Cameroun, avoir des accointances familiales avec des individus installés dans les pays occidentaux est synonyme de recevoir constamment d’eux des cadeaux et de l’argent. L’Occident reste l’Eldorado dont tout le monde rêve pour sortir de la misère ; et pour ceux qui voient un des leurs partir, c’est une fierté immense, car avec lui, naît l’espoir de lendemains meilleurs. En effet, chaque année, sont envoyées à des particuliers de fabuleuses sommes d’argent provenant des pays du Nord. Le plus souvent, cet argent est utilisé pour les besoins essentiels et peu nombreux sont ceux qui prennent le risque de l’investir dans des projets à long terme. L’argent des transferts reste en grande partie l’ « argent du ventre », puisqu’il s’agit de satisfaire des besoins primaires ; l’ « argent de la frime », puisqu’il faut montrer aux autres qu’on est passé de la survie à la vie. Cet article s’efforce à révéler le « sens du dedans » des transferts et les patterns culturels qui font des fonds diasporiques, des fonds de subsistance, plutôt que des fonds pour un investissement économique durable.

Thierry SUCHÈRE, UNE RELECTURE DE L’ARGENT [1891] D’ÉMILE ZOLA : LA COMPARAISON ENTRE LES BOURSES DE VALEURS ET LES AIRES DE JEUX.

La seconde moitié du XIXe siècle voit émerger un nouveau genre littéraire : le roman de Bourse. Dans un contexte où plane l’ombre de grands scandales financiers, l’opinion publique, les hommes politiques et les médias des pays développés s’interrogent pour savoir s’il faut laisser librement fonctionner les Bourses de valeurs. Analysant L’Argent [1891] de Zola, on montre que la Bourse y est décrite comme un tripot, les spéculateurs comme des voleurs de grand chemin et les petits épargnants comme des naïfs. Parler de la Bourse comme d’un jeu signifie en faire le procès, les mêmes reproches étant adressés à la spéculation et aux jeux d’argent (cf. le poker…) : rendre possible l’enrichissement de quelques individus, ouvrir des perspectives d’ascension sociale en s’appuyant uniquement sur le hasard et se situer à l’opposé de tous les discours sur le mérite et le travail.

Philippe HUGON, ANTHROPOLOGIE ET ÉCONOMIE DANS UN CONTEXTE DE GLOBALISATION

Les disciplines peuvent être conçues comme des modes d’inclusion et d’exclusion dans le champ de l’analyse au nom de méthodes spécifiques et de référents irréductibles. Elles sont également une manière de découper le réel et de donner un éclairage partiel à une réalité complexe. Le champ du développement a été un lieu de rencontre et de confrontation obligé de l’anthropologie et de l’économie. Aujourd’hui, la globalisation remet en question les divisions Nord/Sud et renvoie à la fois à un monde interconnecté et à des replis identitaires. Elle oblige à relier le particulier localisé et l’universel. Cette communication rappelle (I) l’histoire des relations entre anthropologie et économie à propos de la question du développement ; (II) elle propose ensuite quelques pistes pour fonder une anthropologie économique dans un monde globalisé asymétrique et de crispations identitaires.

François-Régis MAHIEU, L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE, UN RETOUR AU SUJET ?

Le statut et l’objet de l’anthropologie économique sont très discutés en sciences sociales, sauf en économie, depuis la condamnation de cette méthode par Frank Knight en 1941. Cette méthode permet une vision alternative à l’homo œconomicus : celle de la «personne totale», intégrant ses différentes dimensions, notamment psychologiques. Elle rend l’économie responsable en élargissant le crime économique jusqu’à toute décision pouvant augmenter la souffrance.

Alice Nicole SINDZINGRE, LA PERTINENCE DE L’ANTHROPOLOGIE ÉCONOMIQUE FACE À UNE ÉCONOMIE INTÉGRANT LES CONCEPTS DE L’ANTHROPOLOGIE : L’EXEMPLE DES NORMES SOCIALES

Tandis que l’anthropologie économique connaissait à la fin du 20ème siècle une éclipse relative, l’économie étendait ses objets d’étude à des phénomènes auparavant situés hors de son champ, tels que les institutions et les normes sociales régissant les comportements, les institutions politiques ou les représentations cognitives. L’économie estime désormais qu’elle analyse les objets des autres sciences sociales avec davantage de rigueur scientifique en raison de sa méthodologie fondée sur les mathématiques. Sur l’exemple des institutions régissant les appartenances sociales, et dans le contexte de l’Afrique sub-saharienne, l’article montre que les institutions ne sont pas des variables mesurables et que pour en analyser les effets économiques, l’approche anthropologique demeure épistémologiquement supérieure.

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