Jean-Louis LOGNON, Les vendeurs de Garba à Abidjan
Dans un contexte de crise économique et de chômage, de jeunes Ivoiriens d’Abidjan, étudiants ou chômeurs, tentent de s’insérer dans le marché informel de garba, un plat cuisiné à base d’attiéké, marché dont les immigrés de l’ethnie ahoussa détiennent traditionnellement le quasi monopole. L’article étudie les stratégies développées par ces jeunes Ivoiriens pour contourner les barrières à l’entrée que constituent le capital social et le capital symbolique détenus par les immigrés, ainsi que les limites de ces stratégies, et met en évidence les diverses formes de l’encastrement social et symbolique des marchés dits informels.
Garba sellers in Abidjan
In a context of economic crisis and pervading unemployment, young Ivorians, students or unemployed, try to penetrate the informal market of garba –an attiéké-based dish, over which Nigerian immigrants of the ahoussa ethnic group hold traditionally a quasi monopoly in Abidjan. The article studies the strategies which are being developed by these Ivorian youth in order to bypass the barriers to entry, built upon the social and symbolic capital controlled by the immigrants, as well as the limits of these strategies, and highlights the various forms of the social and symbolic embeddedness of the so-called informal markets.
Thierry SUCHERE L’Outsider ou l’histoire de Jérôme Kerviel : Un exemple d’apport du cinéma a une anthropologie des marchés financiers.
Contemporain du capitalisme actionnarial, le film Wall-Street [1987] d’Oliver Stone inaugure une longue liste de films récents porteurs d’un regard critique sur la finance. En France, L’Outsider [2016] traite d’une histoire amplement relayée par les médias : celle de Jérôme Kerviel ex trader de la Société Générale. Analysant ce film, on montrera que nous disposons là d’une bonne illustration de ce qui fait le travail des traders dans l’univers de la finance avec plusieurs enseignements. En premier lieu, le film conteste le discours des économistes mainstream sur la rationalité des acteurs. A l’extrême, on comprend que le trading comporte un risque non-nul de basculement vers des comportements pathologiques du type de ceux qui s’observent chez les addicts aux jeux d’argent. A un second niveau, le film parle de la violation des règles de bonne conduite, d’écart de comportement courant chez les traders toujours obligés de se surpasser… Les sociologues voient dans la déviance une activité collective ce qui nous amène à examiner les systèmes de management mis en place par la banque pour pousser les traders à la performance, qui sont aussi coupables que les traders eux-mêmes.
The movie L’outsider and the story of Jérôme Kerviel: An example of The contribution of cinema to an anthropology of financial markets.
Contemporary of shareholder capitalism, the movie Wall-Street [1987] by Oliver Stone inaugurates a long series of recent movies which propose a critical perspective on the world of finance. In France, L’Outsider [2016] deals with a story largely told by the media: that of Jérôme Kerviel, an ex trader and a former employee of La Société Générale. Analyzing this movie, we show that it contains a good illustration of a trader’s work in the world of finance, with several teachings. First of all, the movie questions speeches on the rationality of the actors. We understand that there is a high risk for traders of falling into the sort of pathological behavior which is observed in the case of gambling addicts. At a second level, the film speaks of a violation of the rules of good practices, a deviant behavior common among traders, who use illegal means to make more money…. Deviance is approached as a sociological theme, as a collective activity, leading us to examine the management systems implemented by the bank to push the traders to the highest performance, and to deem them at least as guilty as the traders themselves.
Mohamed Amodrane ZORELI, L’Économie solidaire en Kabylie. Un modèle d’autogestion par l’entrepreneur du don
Cette contribution analyse une expérience de développement autogéré par des activités associatives et solidaires d’un village de la Kabylie en Algérie, en vue de saisir toutes les potentialités et spécificités de cette économie solidaire singulière. Réalisé sans a priori théoriques dans le cadre d’une recherche participative, ce travail nous a permis de voir que l’économie solidaire autogérée se déploie efficacement grâce à l’entrepreneur du don, à l’émancipation de la femme, à l’héritage institutionnel ancestral, à l’autofinancement solidaire, au potentiel associatif et au mouvement parallèle de réflexion et d’action des acteurs associatifs.
Mots clés: Kabylie, associations, activités solidaires, développement autogéré.
A solidarity-based Economy in Kabylia. A model of Self-Government by the « Entrepreneur du Don ».
The author presents an analysis of an experiment of self-governed development through activities resting on cooperation and solidarity, in a village in Kabylia, Algeria, and highlights the potentialities and the specificity of this solidarity-based economy. This participative field inquiry, realized without theoretical a priori, reveals that the successful development of this self-governed, solidarity-based economy rests upon the “entrepreneur du don”, the emancipation of women, the ancestral institutional heritage, the solidary self-financing, the strength of cooperative ties, and the dynamic link between thought and action among the actors.
Keywords: Kabylia, associations, solidarity-based activities, self-governed development.