Numéros

Numéro 44

Arnaud LE MARCHAND, RECENSER LES TRAVAILLEURS DE PASSAGE : CATÉGORIES SOCIO-ÉCONOMIQUES ET EXCLUSION

L’article étudie la façon dont deux institutions : l’Etat et la Ville, à travers l’exemple d’une ville portuaire (Le Havre), ont traité les problèmes des « populations flottantes », des travailleurs mobiles, à travers les catégories statistiques évolutives, mais toujours excluantes, qu’elles ont successivement définies à partir des années 1870. Ces cadres statistiques sont révélateurs des représentations sociales et des dispositifs institutionnels. Si la catégorie ne saurait suffire à former un groupe, elle n’est pas sans conséquence sur les représentations et les comportements. On réexamine également à la lumière de cette étude l’approche socio-économique de la notion de territoire, en lien avec certains enseignements de la théorie des conventions.

Marie-Laure BARON, Bénédicte MARTIN, RÉGULATION DU MARCHÉ DU TRAVAIL ET SITUATIONS DE « TENSION » : UNE APPROCHE PAR LA THÉORIE DES CONVENTIONS APPLIQUÉE AU MARCHÉ DU BTP HAUT NORMAND

Au-delà de la simple analyse de la tension en termes de départs à la retraite d’une part et augmentation de l’activité d’autre part, l’article met en lumière des causes plus structurelles à la tension sur le marché du travail du BTP, en même temps que la concurrence qui s’opère entre les différents acteurs pour s’approprier les « bons » travailleurs. Le cadre d’analyse met particulièrement en évidence le rôle des intermédiaires (cabinets de recrutement, agences d’emploi) qui mettent en œuvre leurs propres critères de sélection et d’évaluation et qui s’appuient sur des représentations différentes de la qualité dans la réalisation des appariements.

Bénédicte MARTIN, STATISTIQUE TEXTUELLE DES THEORIES ESTHÉTIQUES : DES MONDES LEXICAUX AUX MONDES DE L’ART

A l’instar des historiens de l’art qui ne considèrent qu’une seule qualité artistique légitime par période, les économistes de la culture ne prennent en compte que la catégorie émergente, puisque légitimée par les institutions, de l’art d’aujourd’hui. A contrario, la sociologie de l’art, en ce qu’elle interroge les valeurs au nom desquelles agissent les acteurs, oppose une vision pluraliste de la qualité artistique de l’art actuel. En nous basant sur ces catégories intuitives de la sociologie, nous proposons dans cet article de procéder à une analyse de textes représentatifs de la théorie esthétique à l’aide du logiciel d’analyse textuelle ALCESTE, afin de tester l’hypothèse de multiples grammaires esthétiques qui renverraient à différentes conceptions de la qualité artistique, incommensurables, et qui permettent d’expliciter les actions des agents dans des mondes de l’art différents.

Camille CHASERANT, IDENTITÉ SOCIALE ET INTÉRÊT INDIVIDUEL. INFLUENCE DES RELATIONS DE GROUPES DANS UN JEU D’ULTIMATUM

A partir des résultats d’une série d’observations réalisées dans le cadre d’un protocole expérimental « en laboratoire », l’auteur montre comment, dans une situation limite, « épurée », le sentiment d’appartenance à un groupe même purement fictif suffit à susciter chez ceux qui l’éprouvent des comportements spécifiques et plus précisément, une application différentielle des normes à respecter dans le partage d’une somme d’argent. Ce constat, en contradiction avec les prédictions de la théorie économique standard, comme avec les analyses de l’économie de la négociation, plaide en faveur de l’approche de la sociologie économique.

Numéros

Numéro 43

Les contributions regroupées dans ce numéro 43 des Cahiers de Sociologie Économique et Culturelle sur le thème de l’exil, résultent d’une collaboration avec l’Iliade – Maison des Arts du Récit, association culturelle implantée au Havre. Il s’agissait de faire connaître plus largement le travail d’enquête, de réflexion et d’échange réalisé sous l’égide de cette association havraise au cours des années 2006 et 2007 sur le double thème de l’exil et du récit, d’en laisser une trace significative et de développer ce qui n’avait pu être qu’esquissé lors des différentes productions et manifestations.
Ce dossier est complété par un article hors thème d’Arnaud Le Marchand consacré à Louis Bachelier, théoricien havrais de la finance mathématique.

Claude MALON, LE SOCIOLOGUE, LE CONTEUR ET LE RECIT D’EXIL. BILAN D’UNE RENCONTRE

Ce texte rend compte d’une table ronde organisée par l’Iliade dans le cadre du projet « Récit-Exil ». Cette rencontre associait les approches artistiques, historiques et sociologiques des témoignages d’exilés. L’accent est mis plus spécifiquement sur les rapports entre la démarche du conteur et celle du sociologue, que ce soit au plan de l’enquête, ou que ce soit au plan de la réflexion sur les réalités de l’exil, sur la singularité et la représentativité des récits recueillis. L’échange débouche sur des questions plus larges sur l’expérience de l’exil.

Pierre MALON, ITINERAIRE BIS

A partir d’un compte rendu des interventions de la conteuse-ethnologue Praline Gay Para, dans le cadre du projet « Récits-Exil », l’article interroge les relations, les points de rencontre et les points de séparation entre l’approche ethnolinguistique du recueil de récits de tradition orale, et la démarche du conteur.

Thomas DELAUNAY,  DE L’EXIL POLITIQUE A LA DEMANDE D’ASILE : LE CHEMIN DU DISCREDIT

Les demandeurs d’asile interviewés dans le cadre de cette étude ambitionnent d’obtenir le statut de réfugié politique. Cependant, de nombreuses embûches se dressent sur leur passage dans la réussite de ce projet. Ces personnes attendent souvent une réponse dans la solitude et l’ennui d’un lieu clos et dépersonnalisant : le foyer de travailleurs migrants. Le discrédit a été posé sur eux dès leur arrivée sur le territoire français par l’administration, mais aussi par de nombreux acteurs de la société d’accueil. De plus, ils sont contraints de supporter un statut provisoire –celui de demandeur d’asile- qui rend très difficile une quelconque intégration ou socialisation. Malgré un fragile état de santé physique et psychologique qui les pousse au repli et à la lassitude, ces personnes ne perdent pas espoir et tentent d’utiliser au mieux tous leurs savoirs et les aides éventuellement disponibles pour être crédibles et convaincantes.

Albert NICOLLET, VIVRE ET PENSER L’EXIL

Comme toute situation extrême qui atteint profondément la vie personnelle et collective, l’exil ne peut être pensé sans faire appel aux témoignages de ceux qui ont traversé cette épreuve. C’est cette expérience vécue que l’auteur chercher à restituer, dans ses étapes successives, en s’appuyant sur la parole recueillie au cours d’enquêtes, et sur des œuvres littéraires produites par des écrivains exilés, et nourries de leur expérience.

Arnaud LE MARCHAND, UNE LECTURE SOCIO-ECONOMIQUE DE LOUIS BACHELIER : THEORIE DE LA SPECULATION ET MILIEU BOURSIER DU HAVRE

Louis Bachelier, né en 1870 dans une famille de négociants en vins installée au Havre, est
considéré comme le fondateur de la finance mathématique et l’auteur d’avancées importantes sur la voie de la théorie de la relativité. Son œuvre fut découverte aux USA juste après sa mort et exerça une influence importante. Le but de cet article est de contextualiser les travaux de ce précurseur et de proposer une lecture socio-économique de la formation de ses idées. En retour, les idées de Louis Bachelier permettent aussi de porter un autre regard sur le fonctionnement et l’évolution de son milieu d’origine : les négociants du Havre à la fin du XIXe siècle.

Numéros

Numéro 41-42

Albert NICOLLET, AVEC JEAN NICOLLET (1598-1642) COMPAGNON DE CHAMPLAIN ; FRANÇAIS ET AMÉRINDIENS CONFRONTÉS À LA RELATIVITÉ DES CULTURES

La carrière de Jean Nicollet, Normand originaire des environs de Cherbourg, engagé au début du 17 e siècle sous la direction de Champlain dans des activités à la fois marchandes, diplomatiques, religieuses, en contact direct avec les peuples amérindiens de la région des Grands Lacs de l’Amérique du Nord, avec lesquels il a entretenu des rapports privilégiés, est illustrative des orientations et des hésitations de la jeune colonie française.
Replacée dans son contexte historique, l’aventure de Jean Nicollet permet de s’interroger sur la manière dont se sont construites les représentations des peuples autochtones avec lesquels les Français sont entrés en contact et en relations quotidiennes.

Dominique MESTRE, PAUVRETÉ, PRÉCARITÉ ET ENVIRONNEMENT. MUTATION DES RAPPORTS HOMME –NATURE AU GABON

L’échec des politiques de protection des ressources naturelles de la forêt tropicale est mis en relation, dans le cas du Gabon, avec le développement des pratiques informelles de chasse, de cueillette, d’exploitation forestière « sauvage », qui sont le fait de populations drainées vers les grandes villes côtières, coupées de leurs cultures traditionnelles et marginalisées par les crises cycliques de l’économie de rente. Les menaces qui pèsent sur les milieux naturels tropicaux, sont la conséquence non seulement de la pauvreté et de la précarité qui affectent ces populations, mais aussi et d’abord de la déstructuration de sociétés traditionnelles soucieuses de la durabilité, et
de la remise en cause de conceptions des rapports entre l’Homme et la Nature fondées sur une communauté de destin. La prédominance actuelle des stratégies extractives de survie signe l’échec des politiques de développement.

Brahim LABARI, LE TRAVAIL INFORMEL : RETOUR SUR UNE NOTION FLOUE. REMARQUES À PARTIR DU CAS DES ENTREPRISES FRANÇAISES DÉLOCALISÉES AU MAROC

L’article interroge la définition et les formes du travail informel dans le contexte sociétal marocain à partir de la littérature critique et des observations recueillies dans le cadre d’une thèse de doctorat en Sociologie. A la lumière des données collectées, on développe quelques remarques sur le statut du travail dans la société marocaine et on examine de façon plus précise la problématique du maintien de certaines figures atypiques en relation avec les entreprises françaises délocalisées au Maroc (« chaouch », bonne, porteur).

LA MONDIALISATION, LE TRAVAIL ET SES MYTHES
Trop souvent admise comme une évidence, comme un fait massif qui permet d’expliquer toutes sortes de développements contemporains, notamment dans la sphère du travail et de l’emploi, la mondialisation est ici considérée comme un processus complexe et diversifié, caractérisé par la diversité plus que par l’homogénéité, et qu’il s’agit au contraire d’expliciter et d’expliquer. La crise du travail et de l’emploi, présentée par certains sous l’angle de la « la fin du travail », doit être examinée dans toute la diversité et les contradictions de ses manifestations et de ses évolutions, et non comme le résultat univoque d’un processus de mondialisation homogène.

 

 

Numéros

Numéro 40

Claude MALON, Le peuple et le colonisé chez Frantz Fanon.

Entre philosophie politique et anthropologie culturelle, Frantz Fanon, psychiatre, militant et écrivain (1925-1961) construit un projet d’émancipation des sociétés colonisées. Sa pensée du peuple intègre dans ses constats comme dans sa stratégie politique, la dimension du sujet individuel souffrant de la situation coloniale, en Algérie
notamment. L’analyse de Fanon n’est pas de pure doctrine politique. Elle s’écarte à bien des égards du marxisme ordinaire et des théories de la négritude. Elle articule le passage d’un peuple dominé à un peuple-égalité constitué d’hommes “neufs”, sur une analyse anthropologique qui n’est pas nommée comme telle, mais qui permet d’éviter bien des contresens sur une soi-disant théorie de la violence pour la violence. De “Peaux noires masques blancs” aux “Damnés de la terre”, la recherche des figures du peuple dans le texte même de Fanon révèle que les processus de subjectivation à l’œuvre dans la société coloniale sont à la fois producteurs d’émancipation des peuples colonisés, de l’être colonisé, et en même temps porteurs de dangers. Bien souvent confirmées par l’histoire après la mort de Fanon en 1961, ces “mésaventures de la conscience coloniale” se manifestent dans les états indépendants quand l’ethnos supplante le demos et que les structures du pouvoir colonial se reproduisent par imitation ou servitude volontaire. L’œuvre de Fanon questionne pour longtemps encore l’héritage colonial hors et dans nos sociétés européennes.

Fanny JEDLICKI, Les « retours » des enfants de réfugiés chiliens.

Cet article s’intéresse aux retours au pays des enfants de réfugiés chiliens et à la pertinence de l’usage du terme de retornados pour les désigner. Ces retours sont difficiles pour le groupe familial, qui est stigmatisé en raison de l’engagement politique et de « l’exil doré » attribués aux parents : les retornados occupent une place illégitime dans la mémoire nationale. Les complexes relations familiales et sociales, la réinsertion socio-économique et les décalages entre le pays transmis et rêvé et une société transformée radicalement par dix-sept années de dictature s’y ajoutent. Les enfants se voient assimilés à leurs parents et sont marginalisés. En raison notamment du caractère traumatique des expériences traversés et de l’héritage idéologique, ils s’identifient à leurs aînés et tendent à prendre en charge une partie de leur souffrance et histoire en un enchevêtrement des mémoires. Ils apparaissent ainsi comme des figures à part entière, bien qu’originale, des retornados chiliens.

Marie-Christine MICHAUD, Frontières identitaires chez les Italo-Américains (1880-1930).

L’immigration amène souvent une redéfinition des frontières identitaires, psychologiques et culturelles, des immigrants dans le sens où ceux-ci doivent circonscrire la spécificité de leur identité afin de freiner un éventuel sentiment d’aliénation dû à l’installation dans un nouvel environnement. C’est le cas des individus de la péninsule italienne (dont l’unité ne s’est faite qu’en 1871) qui immigrent massivement aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle et qui se forgent une nouvelle identité, à savoir une identité nationale en repoussant les frontières de leur identité originelle régionale issue des principes du campanilisme. En effet, paradoxalement, pour mieux s’adapter à la société américaine, c’est-à-dire afin de s’américaniser, ils doivent dans un premier temps devenir des Italiens.

Pierre ERNY, Ubgenge : Intelligence et ruse à la manière rwanda et rundi.

Dans la langue du Rwanda et du Burundi, ubgenge ou ubwenge désigne l’intelligence, la ruse, la débrouillardise, le fait d’être malin. La littérature orale sous toutes ses formes célèbre cette valeur. Elle se manifeste tout particulièrement par l’art de mentir sans se faire prendre et passait pour une des caractéristiques majeures de l’aristocratie tutsi, spécialiste du « langage oblique ». On a montré le lien d’ubgenge avec la structure sociale : dans une société très hiérarchisée où l’emportaient les relations de dépendance, il fallait à tous les niveaux être d’une prudence, d’une perspicacité et d’une habileté consommées pour s’élever dans le jeu social, manœuvrer efficacement et éviter les mauvais coups. Tant qu’il n’est pas découvert, le mensonge est moralement neutre et donc licite s’il est utile ; on l’admire hautement s’il est bien ficelé et mené avec art.

Édith WEBER, Chroniques musicales

40-Abstracts

Numéros

Numéro 39

Fanny DUTHIL, L’identité aborigène à travers les autobiographies de femmes aborigènes d’Australie.

Cet article examine la manière dont l’identité aborigène est abordée dans les autobiographies des femmes aborigènes d’Australie. Sur un plan temporel, les autobiographies englobent plusieurs générations d’auteurs.
Nées au début du vingtième siècle, certains auteurs ont subi de plein fouet la politique d’assimilation alors que d’autres auteurs, nées dans les années 1940, ont subi les conséquences de cette même politique. Cette politique a profondément transformé l’identité traditionnelle, rendant cette même identité complexe à plus d’un titre à tel point qu’il semble difficile aujourd’hui de donner une définition de l’Aborigène satisfaisante.

Claude RIVIERE, Évaluation des théories du sacrifice

Depuis les interprétations pionnières d’Edward B. Tylor, l’auteur de Primitive Culture (1871) jusqu’aux travaux plus contemporains de Claude Lévi-Strauss ou de René Girard, les auteurs n’ont cessé de construire des interprétations divergentes quant à l’origine du sacrifice (don intéressé aux esprits, ou survivance d’anciens meurtres ?) ou quant à ses fonctions (apaiser les fureurs des dieux, ou les remercier pour leurs bienfaits ?).
Chacune de ces théories, tout en prétendant à une validité générale, a été élaborée et argumentée en privilégiant les modèles culturels ou les contextes les plus familiers à son auteur.

Pierre ERNY, Le monde à part des Twa du Rwanda

Les Twa du Rwanda, communément classés parmi les populations pygmoïdes d’Afrique Centrale, présentent des traits physiques, sociaux et culturels qui ont justifié l’usage à leur propos des notions de race, d’ethnie et de caste. Méprisés et considérés comme inférieurs par les Tutsi et les Hutu, ils vivent à l’écart, disséminés en petits groupes familiaux, et s’adonnent les uns à la chasse et les autres à la poterie. Du temps de la royauté, ils étaient très présents à la cour pour différentes fonctions, en particulier celle de bourreau. Dans une société aux très fortes contraintes, le monde à part des Twa représente encore aujourd’hui un surprenant îlot de liberté.

Édith WEBER Chronique musicale

39-Abstracts

39-Résumés

Numéros

Numéro 37 – 38

Nada AFIOUNI, Entre passé et présent : la gestion de la pluralité culturelle dans les politiques éducatives en Grande-Bretagne

Saâdia ELHARIRI, Les relations mères-filles en migration : le cas des Marocaines installées à Gennevilliers 

Franck SANSELME, Destins de migrants et constitution du sujet 

Juliette SMÉRALDA, Les canons de la beauté associés à la couleur de la peau et à la texture du cheveu

Bruno MALLARD, Les micro-entreprises populaires au Chili : au-delà de l’ »économique »?

Édith WEBER, Chronique musicale

 

Numéros

Numéro 36

Bruno LECOQUIERRE, Le Sahara, terre mythique d’exploration.

Les déserts, et parmi ceux-ci tout particulièrement le Sahara, véhiculent un certain nombre de représentations et de « valeurs » qui attirent d’autant plus nos contemporains que leur mode de vie en est éloigné. La démonstration en a été faite, s’il en était besoin, à la suite de la mort de Théodore Monod, en novembre 2000. On a oublié que ce naturaliste-voyageur avait parcouru presque anonymement le désert pendant plus de 65 ans avant qu’une émission de télévision le fasse découvrir au grand public en 1989.
Le désert, produit phare des agences de voyage, est synonyme de liberté, simplicité, beauté, retour à l’essentiel. Ces représentations s’appuient sur un milieu et des paysages exceptionnels mais aussi sur la figure et l’action de quelques voyageurs illustres tels Théodore Monod, Ernest Psichari, Charles de Foucauld, Henri Lhote, Isabelle Eberhardt ou Odette du Puygaudeau. La littérature a, elle aussi, magnifié le désert : Saint-Exupéry, Frison-Roche ou Le Clézio en sont les héros.
Le Sahara, terre incomparable d’exploration, a été le cadre d’un certain nombre de destinées exceptionnelles dont la réalité est pourtant souvent éloignée de l’image qui en est demeurée. L’objet de cet article pourrait ainsi consister à confronter le mythe et la réalité à travers l’évocation de quelques grandes figures sahariennes dont Théodore Monod était sans doute le dernier représentant.

Sandrine PRODHOMME, Les circulations historiques du guide: de l’ailleurs au voyageur.

Le terme guide qui est employé dès le 12 ème siècle désigne des objets, des textes et des usages différents selon les siècles, que les historiens regroupent en période classique et romantique. Le plagiat, l’actualisation et la réédition, l’accent mis sur les curiosités et le plaisir du voyageur puis du touriste sont des constantes. En revanche, les collections, la diversification des destinations et des formes de voyage, l’intérêt porté à l’intériorité du voyage, la codification de l’objet par les couleurs, la typographie ou les dimensions marquent l’entrée dans le guide romantique. S’inscrivant dans ces héritages textuels et matériels, les guides contemporains tendent à se soucier du voyageur plus que de l’ailleurs visité : nous sommes passés du guide préparant le voyageur à un ailleurs à découvrir au guide adaptant l’ailleurs au voyageur, censé savoir ce qu’il cherche.

Margalit COHEN-EMERIQUE, Les difficultés de la découverte et de la reconnaissance de l’identité du migrant chez les acteurs du social. Ses applications en formation professionnelle continue.

Dans le cadre de nos recherches-actions sur l’interaction des migrants avec les acteurs du social, de l’éducatif, du médico-social et de l’insertion professionnelle… chargés de leur intégration, nous nous sommes intéressés aux difficultés de ces professionnels à repérer les facteurs de contexte qui ont façonné l’identité de leur client dans sa complexité et ses multiples facettes et qui lui servent d’ancrage pour surmonter le déracinement et s’adapter au nouveau pays ; ces ancrages pouvant se manifester sous forme de repères réels ou de souvenirs fantasmés ou mythifiés. Est présenté ici un inventaire de ces difficultés à repérer tout ce qui donne sens aux conduites, aux besoins et aux demandes du client usager. Pour chacune d’elles, des pistes de formation sont proposées, afin de préparer à les dépasser, le but ultime étant pour ces professionnels d’accéder à une ouverture et à une meilleure compréhension de l’autre différent, et de là à une pratique plus adéquate.

Sabina STAN « Making Up People »: classifications étatiques, catégories locales et gestion des identités dans la collectivisation des campagnes roumaines.

L’analyse des transformations actuelles dans les pays de l’Europe de l’Est est appelée à répondre à deux impératifs de recherche : une meilleure connaissance du fonctionnement du socialisme, et une compréhension de la place de l’État dans les sociétés de ces pays. En donnant cours à cet appel, l’article se constitue dans une fouille
archéologique des mécanismes de construction de l’État durant la période socialiste, à travers une analyse du processus de collectivisation des terres en Roumanie. En faisant cela, il espère jeter une lumière nouvelle sur un moment particulier, et crucial, du processus de construction réciproque de l’État et des « gens » dans cette région du monde, et ainsi sur le « point de départ » d’un des processus actuels de réaménagement de leur interrelation, soit la décollectivisation.

Edith WEBER, Chronique musicale

36-abstracts

Numéros

Numéro 35

Elise VIGUIER, « De la culture au spectacle: le cas de la Maison des Cultures du Monde ».

Cécile DIARRA « Entretien sur la danse africaine »

Christophe ANNOOT, « Arts premiers, arts primitifs »

Gérard AUGUSTIN « L’approche du caché »

Maria TEIXEIRA, « Développements contemporains d’un culte de soins : le Kazara manjak (Guinée-Bissau, Sénégal) »

Madeleine BROCARD « Valoriser les recherches en sciences humaines et sociales – l’expérimentation du « local » ».

Edith WEBER, « Chronique musicale ».