Numéros

Numéro 50

Gérard AUGUSTIN, QUE TRADUIT-ON ?

L’auteur met à contribution son expérience d’écrivain, de poète, de critique, d’éditeur et de traducteur pour analyser le lien, qu’il considère comme essentiel, entre traduction, création et écriture poétique. Il examine ensuite la posture du traducteur face à la relation complexe et souvent inégale entre langue traduite et langue traduisante.

Mireille GUEISSAZ, TRADUCTIONS ET RÉAPPROPRIATIONS AU SERVICE DE «L’INVENTION » D’UNE CULTURE : ELIZABETH PEABODY, MARGARET FULLER ET LE MOUVEMENT TRANSCENDANTALISTE AUX ÉTATS-UNIS

Les Transcendantalistes américains du 19 e siècle, notamment Ralph Waldo Emerson et Henry Thoreau, dont le rôle dans l’invention de la culture américaine moderne est unanimement reconnu, ont lu et traduit intensivement les auteurs européens, notamment français et allemands. Deux femmes, Elizabeth Palmer Peabody et Margaret Fuller, ont par la qualité de leur travail de traductrices conquis leur droit d’entrée dans ce groupe d’intellectuels composé surtout de pasteurs ou d’ex-pasteurs formés à Harvard. La lecture et la traduction d’auteurs qui leur tenaient à cœur a été pour elles un des moyens de développer au sein du groupe des positions originales. Toutefois, les difficultés rencontrées dans la publication de ces traductions et l’obligation où elles se trouvaient de gagner leur vie, les ont contraintes à trouver d’autres moyens de mettre ces auteurs à la disposition du public américain, ouvrant ainsi de nouvelles voies de professionnalisation pour les femmes comme pour les hommes.
Mots-clés : transcendantalisme, traduction, genre, Elizabeth Peabody,  Margaret Fuller, Etats-Unis, 19 e siècle.

Sylvie MAYNARD, THÉORIE ET PRATIQUE : LA TRADUCTION ORALISÉE OU «INTERTRADUCTION »

En relation avec une pratique académique et professionnelle, l’auteure de l’article propose une théorie et une méthodologie tripartites articulées autour des concepts de globalisation, d’oralisation et de médiation. Sont prises en compte la réalité linguistique des langues à traduire, leurs particularités culturelles, les caractéristiques de l’opération traduisante, les nécessités d’ordre pédagogique. La globalisation permet de coordonner, à tout moment de l’opération traduisante, les éléments linguistiques et extralinguistiques qui constituent les champs opératoires à parcourir. Que la source ou la cible soit texte ou discours oral, la traduction est systématiquement « oralisée ». Enfin la fonction traduisante favorise la médiation entre le texte et le discours oral, entre les cultures, entre le donneur d’ordre, le traducteur / interprète et le lecteur / auditeur.

Mots clés : globalisation, oralisation, médiation, intertraduction, fonctiontraduisante.

Armand LAUNAY, LES ANGLAIS PARLENT-ILS NORMAND ? OU L’INFLUENCE DU NORMAND MÉDIÉVAL SUR L’ANGLAIS…

Restée célèbre dans les mémoires, la conquête du trône d’Angleterre par le Normand Guillaume le Conquérant, en 1066 a eu de multiples conséquences sur l’unification de l’Angleterre, sur la réorganisation de son système de pouvoir et de sa justice, sur la culture elle-même et sur la langue anglaise, qui a emprunté des milliers de mots français. Pourtant, Guillaume et ses compagnons étaient étaient normands : si leur langue, devenue pour quelque temps la langue du pouvoir en Angleterre, était proche du français, elle possédait des spécificités, dont on peut retrouver la trace dans le lexique de l’anglais contemporain. L’article se propose de retracer l’histoire du normand en Angleterre, avant de donner quelques éléments de méthode pour identifier les mots normands employés de nos jours par la langue anglaise.

Numéros

Numéro 50

Gérard AUGUSTIN, QUE TRADUIT-ON ?

L’auteur met à contribution son expérience d’écrivain, de poète, de critique, d’éditeur et de traducteur pour analyser le lien, qu’il considère comme essentiel, entre traduction, création et écriture poétique. Il examine ensuite la posture du traducteur face à la relation complexe et souvent inégale entre langue traduite et langue traduisante.

Mireille GUEISSAZ, TRADUCTIONS ET RÉAPPROPRIATIONS AU SERVICE DE «L’INVENTION » D’UNE CULTURE : ELIZABETH PEABODY, MARGARET FULLER ET LE MOUVEMENT TRANSCENDANTALISTE AUX ÉTATS-UNIS

Les Transcendantalistes américains du 19 e siècle, notamment Ralph Waldo Emerson et Henry Thoreau, dont le rôle dans l’invention de la culture américaine moderne est unanimement reconnu, ont lu et traduit intensivement les auteurs européens, notamment français et allemands. Deux femmes, Elizabeth Palmer Peabody et Margaret Fuller, ont par la qualité de leur travail de traductrices conquis leur droit d’entrée dans ce groupe d’intellectuels composé surtout de pasteurs ou d’ex-pasteurs formés à Harvard. La lecture et la traduction d’auteurs qui leur tenaient à cœur a été pour elles un des moyens de développer au sein du groupe des positions originales. Toutefois, les difficultés rencontrées dans la publication de ces traductions et l’obligation où elles se trouvaient de gagner leur vie, les ont contraintes à trouver d’autres moyens de mettre ces auteurs à la disposition du public américain, ouvrant ainsi de nouvelles voies de professionnalisation pour les femmes comme pour les hommes.
Mots-clés : transcendantalisme, traduction, genre, Elizabeth Peabody, Margaret Fuller, Etats-Unis, 19 e siècle.

Sylvie MAYNARD, THÉORIE ET PRATIQUE : LA TRADUCTION ORALISÉE OU « INTERTRADUCTION »

En relation avec une pratique académique et professionnelle, l’auteure de l’article propose une théorie et une méthodologie tripartites articulées autour des concepts de globalisation, d’oralisation et de médiation. Sont prises en compte la réalité linguistique des langues à traduire, leurs particularités culturelles, les caractéristiques de l’opération traduisante, les nécessités d’ordre pédagogique. La globalisation permet de coordonner, à tout moment de l’opération traduisante, les éléments linguistiques et
extralinguistiques qui constituent les champs opératoires à parcourir. Que la source ou la cible soit texte ou discours oral, la traduction est systématiquement « oralisée ». Enfin la fonction traduisante favorise la médiation entre le texte et le discours oral, entre les cultures, entre le donneur d’ordre, le traducteur / interprète et le lecteur / auditeur.
Mots clés : globalisation, oralisation, médiation, intertraduction, fonction traduisante.

Armand LAUNAY, LES ANGLAIS PARLENT-ILS NORMAND ? OU L’INFLUENCE DU NORMAND MÉDIÉVAL SUR L’ANGLAIS...

Restée célèbre dans les mémoires, la conquête du trône d’Angleterre par le Normand Guillaume le Conquérant, en 1066 a eu de multiples conséquences sur l’unification de l’Angleterre, sur la réorganisation de son système de pouvoir et de sa justice, sur la culture elle-même et sur la langue anglaise, qui a emprunté des milliers de mots français. Pourtant, Guillaume et ses compagnons étaient étaient normands : si leur langue, devenue pour quelque temps la langue du pouvoir en Angleterre, était proche du français, elle possédait des spécificités, dont on peut retrouver la trace dans le lexique de l’anglais contemporain. L’article se propose de retracer l’histoire du normand en Angleterre, avant de donner quelques éléments de méthode pour identifier les mots normands employés de nos jours par la langue anglaise.

 

Numéros

Numéro 49

Juliette SMÉRALDA, LES « FRANÇAIS D’OUTRE-MER », UN EXEMPLE D’INTERCULTURALITÉ ASYMÉTRIQUE ET DE DISCRIMINATION OCCULTÉE

Bien que les Antilles françaises fassent officiellement partie intégrante de la République, avec un statut de département, et que leurs habitants soient censés bénéficier de l’égalité reconnue à tous les citoyens, la réalité reste très éloignée de ces principes, et la perception des identités (de soi comme de l’autre) ne leur correspond pas davantage. La persistance d’une relation asymétrique héritée de la période coloniale se traduit par diverses formes de discrimination et par de nombreuses aberrations tant sur le plan des pratiques que sur celui des représentations.

Arezki MEDINI, LE PROCESSUS DE SÉDENTARISATION DES GENS DU VOYAGE ET SES CONTRADICTIONS

S’appuyant sur une enquête de terrain réalisée dans le Nord de la France, l’article met en évidence les implications contradictoires, et souvent négatives, de l’évolution qui conduit une partie des « gens du voyage » (Roms, Manouches, Gitans) à se sédentariser sur des aires d’accueil aux capacités limitées dont la finalité officielle est plutôt d’accueillir des familles itinérantes pour des périodes limitées. Cette évolution éloigne ces populations de la tradition du voyage, et les conduit à adopter de nouveaux modes de vie, sans pour autant leur donner accès à tous les avantages d’une réelle sédentarisation.

Isabelle RAYNAUD, LÉON WERTH, COCHINCHINE. RENCONTRE AVEC L’ALTÉRITE COLONIALE

Léon Werth, écrivain pacifiste et sympathisant socialiste profondément marqué par le traumatisme de la Première Guerre Mondiale, a rendu compte dans un ouvrage intitulé « Cochinchine », publié en 1926, d’un séjour effectué en 1924 dans ce qui était alors une colonie française d’Indochine. Témoignage authentique d’une expérience personnelle en même temps qu’œuvre littéraire, Cochinchine exprime une condamnation morale du colonialisme, profondément radicale et nouvelle à l’époque. L’article présente la méthode et les principaux apports et limites de l’ouvrage, et le situe par rapport au contexte historique et à la littérature anticolonialiste de l’époque.

INSTITUT DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE, 25 ANS DE PUBLICATIONS DE L’INSTITUT DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE SUR LES MIGRATIONS ET LES RELATIONS INTERCULTURELLES

Répertoire et index des articles publiés sur ce double thème dans les Cahiers de sociologie économique et culturelle entre 1984 et 2010, complété par une liste des comptes rendus d’ouvrage sur les mêmes thèmes.

Numéros

Numéros 47 – 48

Claude MALON, LA PLUS GRANDE FRANCE INTROUVABLE. RÉFLEXIONS SUR UNE APORIE DE L’IDENTITÉ NATIONALE EN PÉRIODE COLONIALE

La représentation de la « plus grande France » a émergé dans l’imaginaire colonial et national à partir du début du 20 e siècle, avec la deuxième période de l’Empire français, et a connu par la suite, et jusqu’à aujourd’hui, divers avatars. L’article se propose de la déconstruire en se plaçant dans la double perspective de l’histoire des représentations et des réflexions de la philosophie politique sur la notion de « peuple ». Il montre, au plan local du Havre puis au plan national, les apories de cette construction idéologique de « la plus grande France », qui prétendait faire fusionner dans une impossible entité ce qui était en réalité, d’un point de vue politique, un assemblage de populations dont seules certaines pouvaient se voir reconnaître le statut de « peuple » au sens d’une collectivité de citoyens.

Eric SAUNIER, LE HAVRE, LA TRAITE TRANSATLANTIQUE ET L’ESCLAVAGE : LA MÉMOIRE DIFFICILE D’UNE HISTOIRE NÉCESSAIRE

L’article analyse dans un premier temps les difficultés qui, au Havre plus encore que dans d’autres villes portuaires françaises, ont fait obstacle au travail de restitution d’une mémoire de la traite transatlantique et de l’esclavage. La deuxième partie du texte, qui témoigne des progrès accomplis ces dernières années dans ce domaine de recherches, fournit des indications précises quant à l’ampleur, aux étapes, aux caractéristiques, et à l’impact sociétal de la participation de la ville et du port du Havre au commerce triangulaire entre le 17e et le 19e siècle.

Pierre CHAUNU, LA LÉGENDE NOIRE ANTIHISPANIQUE : DES MARRANES AUX LUMIÈRES, DE LA MÉDITERRANÉE À L’AMÉRIQUE

Dans ce texte, publié en 1964 dans la Revue de psychologie des peuples, le regretté Pierre Chaunu proposait une analyse de la légende noire antihispanique qui s’est diffusée en Europe puis en Amérique du Nord entre le 15e et le 18e siècle, et qu’il considérait comme exemplaire de la construction des « représentations réciproques
négatives » et de leurs effets sur la constitution des identités collectives. L’article met en relation, dans une étude historique très fouillée, la formation et l’évolution de la légende noire avec les cycles économiques, avec les vicissitudes de l’impérialisme espagnol, et avec les vicissitudes de l’intégration et du rejet des populations juives dans la péninsule ibérique.

Yacoub CHIHI, L’ENTREPRENEURIAT TUNISIEN ISSU DE L’ÉMIGRATION : CARACTÉRISTIQUES ET RESSOURCES

Penser et repenser le concept du capital social et ses acceptions nous a permis de mener une recherche de terrain sur les diverses ressources utilisées par un groupe d’émigrants de retour en Tunisie, lors de la création de leurs propres entreprises dans leur région d’origine. Dans une réflexion empirique axée sur les ressources de l’entrepreneuriat issu de l’émigration, le travail a montré l’importance de la convertibilité de l’expérience migratoire passée des entrepreneurs enquêtés en fonds monétaires et en connaissances et qualifications professionnelles. Il est apparu également au cours de cette recherche que les entrepreneurs enquêtés ont mobilisé des ressources se rapportant à l’Etat, aux banques et à leurs familles.

Bruno MALLARD, LA PAUVRETÉ DU DISCOURS INTERNATIONAL SUR LA « GRANDE PAUVRETÉ »

Le discours international sur la « grande pauvreté » ou « misère » témoigne souvent d’une méconnaissance des spécificités de l’expérience de vie des populations concernées. Produire un savoir plus adéquat implique la prise en compte de deux aspects essentiels. D’une part, pauvreté et misère méritent d’être distinguées, car elles
renvoient à des réalités de nature différente. D’autre part, elles doivent être interprétées comme des notions relatives, attendu que les phénomènes qu’elles désignent ne prennent leur véritable sens que replacés dans le contexte social où ceux-ci apparaissent. Ces considérations ont d’importantes conséquences épistémologiques : la recherche en sciences sociales est conviée à prendre de la distance vis-à-vis de ses concepts et catégories usuels pour s’ouvrir à une démarche plus interculturelle

 

 

 

Numéros

Numéro 46

Corinne PEUCHET, DES TERRITOIRES UTOPIQUES DE LA DÉCOLONISATION : LE CAS DE LA CISJORDANIE

Lors de séjours récents à Tel-Aviv, Jérusalem, dans les villes des Territoires, au fil des routes menant de la Mer morte jusqu’au plateau du Golan, il est apparu à l’auteur que les dimensions patrimoniales étaient au cœur des enjeux identitaires, humains, géopolitiques. Sur la base de ses observations, elle analyse ici quelques-unes des politiques patrimoniales « de préservation », tant internationales que nationales. En vis-à-vis, elle revient sur les travaux de certains architectes qui se sont récemment manifestés pour poser la question de la « décolonisation » de l’architecture : leurs réflexions sur l’alternative destruction / recyclage dans l’hypothèse d’une évacuation des territoires occupés, contribuent aux propositions utopiques pour demain.

Édith WEBER, L’APPORT DE JEAN CALVIN AU PSAUTIER HUGUENOT

L’auteur retrace la genèse du Psautier huguenot en langue française. Il trouve son origine dans une initiative de Jean C ALVIN qui, persécuté, s’était réfugié à Strasbourg en 1538. Profitant de cet exil passager, il s’est inspiré des usages locaux, conformes aux nouvelles idées des réformateurs, qui prônent l’utilisation de la langue du peuple (et non plus du latin), la participation active des fidèles aux cultes et le chant collectif. En accord avec ces impératifs, une nouvelle ordonnance du culte, une liturgie et une hymnologie ont dû être forgées. Pour le chant d’assemblée, Calvin a eu recours notamment aux Psaumes vétérotestamentaires, dont certains sont attribués au Roi David. Ces textes donneront lieu non à des traductions littérales, mais à des paraphrases françaises strophiques, rimées, faciles à chanter et à retenir. Leur mise en chant s’appuyera à la fois sur des emprunts et sur des créations mélodiques originales.

Jean-Luc METZGER, DU MICRO-CRÉDIT À LA MICRO-FINANCE : VERS UNE GESTIONNARISATION DES PRATIQUES INFORMELLES ?

L’auteur montre que le microcrédit, qu’il analyse comme une institution sociale, est l’un des modes d’adaptation des populations pauvres à l’affaiblissement des infrastructures publiques. Les super-acteurs cherchent à le rationaliser pour le rendre plus performant. Ce faisant, ils menacent l’existence du microcrédit dans ses modes de fonctionnement actuels (c’est-à-dire basé sur la confiance entre individus, des engagements réciproques, la solidarité, …). En effet, ces super-acteurs veulent simultanément conserver sa souplesse de fonctionnement – tout en la contrôlant au moyen d’indicateurs quantitatifs -, agir sur l’efficacité économique de ce système autonome, tout en évacuant sa dimension sociale et informelle. L’auteur conclut en montrant que les pratiques des Institutions internationales d’encouragement au développement du microcrédit constituent ce qu’il appelle une « gestionnarisation » des pratiques des populations des pays du Sud, qui se substitue à l’action publique qu’elles contribuent à affaiblir encore. Mots clés : microcrédit, Afrique, dispositifs de gestion, institutions internationales.

 

Numéros

Numéro 45

Vincent LATOUR, DIFFÉRENTIALISME ET MULTICULTURALISME EN GRANDE BRETAGNE : ENTRE REMISE EN CAUSE ET SURVIE

L’article dresse un bilan de la mise en place, depuis les débats qui ont suivi l’adoption du British Nationality Act de 1948, d’un mode de gestion de type « multiculturaliste » en Grande-Bretagne. Replaçant l’évolution de ce mode de gestion dans une perspective historique, il analyse les principales étapes de sa construction sous l’égide des gouvernements travaillistes et conservateurs successifs, et identifie les raisons de son émergence, de sa consolidation et de son déclin. Malgré la conversion apparente des cercles gouvernementaux britanniques à l’universalisme, et l’importance des changements en cours, on observe la persistance, voire l’accentuation dans la période récente, de pratiques multiculturalistes et différentialistes ancrées depuis plusieurs décennies.

Nada AFIOUNI, LA FORCE CENTRIPÈTE DES LOIS EUROPÉENNES : VERS UN CHASSÉ-CROISÉ FRANCO-BRITANNIQUE AUTOUR DE LA LUTTE CONTRE LA DISCRIMINATION RACIALE ?

Derrière la stabilité apparente de la rhétorique qui préside aux politiques de gestion de la pluralité culturelle (« citoyenneté » et « intégration républicaine » en France, « race relations » et « multi-culturalisme » en Grande-Bretagne), des évolutions croisées se dessinent à partir de 2000. La France doit adapter sa législation et ses institutions à des lois européennes dont l’approche est quasi-similaire à l’approche britannique adoptée dans les années 1970. La Grande-Bretagne, elle, prend ses distances avec le discours multiculturel et se retranche derrière un discours citoyen censé renforcer l’unité du Royaume. L’article retrace les débats qui ont entouré la mise en place de politiques de lutte contre les discriminations en Grande-Bretagne, et analyse ensuite le glissement qui
s’opère en France vers une gestion particularisée de l’immigration et de la question ethnique, et les débats qui en résultent, notamment sur la question du recensement.

André SUCHET et Michel RASPAUD, LA PROFESSIONNALISATION DES MONITEURS DE SPÉLÉOLOGIE EN FRANCE (1950-1992)

Examinée à l’aide des outils d’analyse sociologique conceptualisés par Pierre Bourdieu, la professionnalisation des moniteurs de spéléologie apparaît comme le produit d’un clivage socio-culturel et générationnel entre les nouveaux entrants dans le champ, jeunes spéléologues privilégiant une conception sportive et marchande de l’offre spéléologique, qu’ils souhaitent démocratiser, et « vieux scientifiques », qui défendent une conception plus traditionnelle, scientifique, élitiste et désintéressée de la pratique légitime de la spéléologie. La création d’un brevet d’État a concrétisé la victoire stratégique des premiers sur les seconds. Elle ne peut donc pas être analysée simplement comme le résultat des pressions du Ministère.

Marie-Carmen GARCIA, LA PRODUCTION DES « ARTISTES LOCAUX » DANS L’UNIVERS DU CIRQUE CONTEMPORAIN

Cet article prend appui sur une enquête sociologique d’inspiration ethnographique menée dans le milieu circassien lyonnais. Il montre comment des logiques institutionnelles locales et des trajectoires artistiques s’articulent dans la production des « artistes locaux ». Fondamentalement, il s’agit de mettre en évidence les logiques sociales et institutionnelles qui travaillent la circonscription géographique de parcours professionnels d’artistes de cirque. L’article vise principalement à montrer que c’est la production locale de critères de valorisation artistiques relativement opposés à ceux qui dominent dans les espaces les plus avancés -au niveau national- du cirque contemporain qui est au fondement de la localisation de certaines trajectoires de circassiens.
Mots-clés : artistes locaux, cirque contemporain, institutions culturelles, professionnalisation, espace local.

 

 

 

 

Numéros

Numéro 44

Arnaud LE MARCHAND, RECENSER LES TRAVAILLEURS DE PASSAGE : CATÉGORIES SOCIO-ÉCONOMIQUES ET EXCLUSION

L’article étudie la façon dont deux institutions : l’Etat et la Ville, à travers l’exemple d’une ville portuaire (Le Havre), ont traité les problèmes des « populations flottantes », des travailleurs mobiles, à travers les catégories statistiques évolutives, mais toujours excluantes, qu’elles ont successivement définies à partir des années 1870. Ces cadres statistiques sont révélateurs des représentations sociales et des dispositifs institutionnels. Si la catégorie ne saurait suffire à former un groupe, elle n’est pas sans conséquence sur les représentations et les comportements. On réexamine également à la lumière de cette étude l’approche socio-économique de la notion de territoire, en lien avec certains enseignements de la théorie des conventions.

Marie-Laure BARON, Bénédicte MARTIN, RÉGULATION DU MARCHÉ DU TRAVAIL ET SITUATIONS DE « TENSION » : UNE APPROCHE PAR LA THÉORIE DES CONVENTIONS APPLIQUÉE AU MARCHÉ DU BTP HAUT NORMAND

Au-delà de la simple analyse de la tension en termes de départs à la retraite d’une part et augmentation de l’activité d’autre part, l’article met en lumière des causes plus structurelles à la tension sur le marché du travail du BTP, en même temps que la concurrence qui s’opère entre les différents acteurs pour s’approprier les « bons » travailleurs. Le cadre d’analyse met particulièrement en évidence le rôle des intermédiaires (cabinets de recrutement, agences d’emploi) qui mettent en œuvre leurs propres critères de sélection et d’évaluation et qui s’appuient sur des représentations différentes de la qualité dans la réalisation des appariements.

Bénédicte MARTIN, STATISTIQUE TEXTUELLE DES THEORIES ESTHÉTIQUES : DES MONDES LEXICAUX AUX MONDES DE L’ART

A l’instar des historiens de l’art qui ne considèrent qu’une seule qualité artistique légitime par période, les économistes de la culture ne prennent en compte que la catégorie émergente, puisque légitimée par les institutions, de l’art d’aujourd’hui. A contrario, la sociologie de l’art, en ce qu’elle interroge les valeurs au nom desquelles agissent les acteurs, oppose une vision pluraliste de la qualité artistique de l’art actuel. En nous basant sur ces catégories intuitives de la sociologie, nous proposons dans cet article de procéder à une analyse de textes représentatifs de la théorie esthétique à l’aide du logiciel d’analyse textuelle ALCESTE, afin de tester l’hypothèse de multiples grammaires esthétiques qui renverraient à différentes conceptions de la qualité artistique, incommensurables, et qui permettent d’expliciter les actions des agents dans des mondes de l’art différents.

Camille CHASERANT, IDENTITÉ SOCIALE ET INTÉRÊT INDIVIDUEL. INFLUENCE DES RELATIONS DE GROUPES DANS UN JEU D’ULTIMATUM

A partir des résultats d’une série d’observations réalisées dans le cadre d’un protocole expérimental « en laboratoire », l’auteur montre comment, dans une situation limite, « épurée », le sentiment d’appartenance à un groupe même purement fictif suffit à susciter chez ceux qui l’éprouvent des comportements spécifiques et plus précisément, une application différentielle des normes à respecter dans le partage d’une somme d’argent. Ce constat, en contradiction avec les prédictions de la théorie économique standard, comme avec les analyses de l’économie de la négociation, plaide en faveur de l’approche de la sociologie économique.

Numéros

Numéro 43

Les contributions regroupées dans ce numéro 43 des Cahiers de Sociologie Économique et Culturelle sur le thème de l’exil, résultent d’une collaboration avec l’Iliade – Maison des Arts du Récit, association culturelle implantée au Havre. Il s’agissait de faire connaître plus largement le travail d’enquête, de réflexion et d’échange réalisé sous l’égide de cette association havraise au cours des années 2006 et 2007 sur le double thème de l’exil et du récit, d’en laisser une trace significative et de développer ce qui n’avait pu être qu’esquissé lors des différentes productions et manifestations.
Ce dossier est complété par un article hors thème d’Arnaud Le Marchand consacré à Louis Bachelier, théoricien havrais de la finance mathématique.

Claude MALON, LE SOCIOLOGUE, LE CONTEUR ET LE RECIT D’EXIL. BILAN D’UNE RENCONTRE

Ce texte rend compte d’une table ronde organisée par l’Iliade dans le cadre du projet « Récit-Exil ». Cette rencontre associait les approches artistiques, historiques et sociologiques des témoignages d’exilés. L’accent est mis plus spécifiquement sur les rapports entre la démarche du conteur et celle du sociologue, que ce soit au plan de l’enquête, ou que ce soit au plan de la réflexion sur les réalités de l’exil, sur la singularité et la représentativité des récits recueillis. L’échange débouche sur des questions plus larges sur l’expérience de l’exil.

Pierre MALON, ITINERAIRE BIS

A partir d’un compte rendu des interventions de la conteuse-ethnologue Praline Gay Para, dans le cadre du projet « Récits-Exil », l’article interroge les relations, les points de rencontre et les points de séparation entre l’approche ethnolinguistique du recueil de récits de tradition orale, et la démarche du conteur.

Thomas DELAUNAY,  DE L’EXIL POLITIQUE A LA DEMANDE D’ASILE : LE CHEMIN DU DISCREDIT

Les demandeurs d’asile interviewés dans le cadre de cette étude ambitionnent d’obtenir le statut de réfugié politique. Cependant, de nombreuses embûches se dressent sur leur passage dans la réussite de ce projet. Ces personnes attendent souvent une réponse dans la solitude et l’ennui d’un lieu clos et dépersonnalisant : le foyer de travailleurs migrants. Le discrédit a été posé sur eux dès leur arrivée sur le territoire français par l’administration, mais aussi par de nombreux acteurs de la société d’accueil. De plus, ils sont contraints de supporter un statut provisoire –celui de demandeur d’asile- qui rend très difficile une quelconque intégration ou socialisation. Malgré un fragile état de santé physique et psychologique qui les pousse au repli et à la lassitude, ces personnes ne perdent pas espoir et tentent d’utiliser au mieux tous leurs savoirs et les aides éventuellement disponibles pour être crédibles et convaincantes.

Albert NICOLLET, VIVRE ET PENSER L’EXIL

Comme toute situation extrême qui atteint profondément la vie personnelle et collective, l’exil ne peut être pensé sans faire appel aux témoignages de ceux qui ont traversé cette épreuve. C’est cette expérience vécue que l’auteur chercher à restituer, dans ses étapes successives, en s’appuyant sur la parole recueillie au cours d’enquêtes, et sur des œuvres littéraires produites par des écrivains exilés, et nourries de leur expérience.

Arnaud LE MARCHAND, UNE LECTURE SOCIO-ECONOMIQUE DE LOUIS BACHELIER : THEORIE DE LA SPECULATION ET MILIEU BOURSIER DU HAVRE

Louis Bachelier, né en 1870 dans une famille de négociants en vins installée au Havre, est
considéré comme le fondateur de la finance mathématique et l’auteur d’avancées importantes sur la voie de la théorie de la relativité. Son œuvre fut découverte aux USA juste après sa mort et exerça une influence importante. Le but de cet article est de contextualiser les travaux de ce précurseur et de proposer une lecture socio-économique de la formation de ses idées. En retour, les idées de Louis Bachelier permettent aussi de porter un autre regard sur le fonctionnement et l’évolution de son milieu d’origine : les négociants du Havre à la fin du XIXe siècle.

Numéros

Numéro 41-42

Albert NICOLLET, AVEC JEAN NICOLLET (1598-1642) COMPAGNON DE CHAMPLAIN ; FRANÇAIS ET AMÉRINDIENS CONFRONTÉS À LA RELATIVITÉ DES CULTURES

La carrière de Jean Nicollet, Normand originaire des environs de Cherbourg, engagé au début du 17 e siècle sous la direction de Champlain dans des activités à la fois marchandes, diplomatiques, religieuses, en contact direct avec les peuples amérindiens de la région des Grands Lacs de l’Amérique du Nord, avec lesquels il a entretenu des rapports privilégiés, est illustrative des orientations et des hésitations de la jeune colonie française.
Replacée dans son contexte historique, l’aventure de Jean Nicollet permet de s’interroger sur la manière dont se sont construites les représentations des peuples autochtones avec lesquels les Français sont entrés en contact et en relations quotidiennes.

Dominique MESTRE, PAUVRETÉ, PRÉCARITÉ ET ENVIRONNEMENT. MUTATION DES RAPPORTS HOMME –NATURE AU GABON

L’échec des politiques de protection des ressources naturelles de la forêt tropicale est mis en relation, dans le cas du Gabon, avec le développement des pratiques informelles de chasse, de cueillette, d’exploitation forestière « sauvage », qui sont le fait de populations drainées vers les grandes villes côtières, coupées de leurs cultures traditionnelles et marginalisées par les crises cycliques de l’économie de rente. Les menaces qui pèsent sur les milieux naturels tropicaux, sont la conséquence non seulement de la pauvreté et de la précarité qui affectent ces populations, mais aussi et d’abord de la déstructuration de sociétés traditionnelles soucieuses de la durabilité, et
de la remise en cause de conceptions des rapports entre l’Homme et la Nature fondées sur une communauté de destin. La prédominance actuelle des stratégies extractives de survie signe l’échec des politiques de développement.

Brahim LABARI, LE TRAVAIL INFORMEL : RETOUR SUR UNE NOTION FLOUE. REMARQUES À PARTIR DU CAS DES ENTREPRISES FRANÇAISES DÉLOCALISÉES AU MAROC

L’article interroge la définition et les formes du travail informel dans le contexte sociétal marocain à partir de la littérature critique et des observations recueillies dans le cadre d’une thèse de doctorat en Sociologie. A la lumière des données collectées, on développe quelques remarques sur le statut du travail dans la société marocaine et on examine de façon plus précise la problématique du maintien de certaines figures atypiques en relation avec les entreprises françaises délocalisées au Maroc (« chaouch », bonne, porteur).

LA MONDIALISATION, LE TRAVAIL ET SES MYTHES
Trop souvent admise comme une évidence, comme un fait massif qui permet d’expliquer toutes sortes de développements contemporains, notamment dans la sphère du travail et de l’emploi, la mondialisation est ici considérée comme un processus complexe et diversifié, caractérisé par la diversité plus que par l’homogénéité, et qu’il s’agit au contraire d’expliciter et d’expliquer. La crise du travail et de l’emploi, présentée par certains sous l’angle de la « la fin du travail », doit être examinée dans toute la diversité et les contradictions de ses manifestations et de ses évolutions, et non comme le résultat univoque d’un processus de mondialisation homogène.

 

 

Numéros

Numéro 40

Claude MALON, Le peuple et le colonisé chez Frantz Fanon.

Entre philosophie politique et anthropologie culturelle, Frantz Fanon, psychiatre, militant et écrivain (1925-1961) construit un projet d’émancipation des sociétés colonisées. Sa pensée du peuple intègre dans ses constats comme dans sa stratégie politique, la dimension du sujet individuel souffrant de la situation coloniale, en Algérie
notamment. L’analyse de Fanon n’est pas de pure doctrine politique. Elle s’écarte à bien des égards du marxisme ordinaire et des théories de la négritude. Elle articule le passage d’un peuple dominé à un peuple-égalité constitué d’hommes “neufs”, sur une analyse anthropologique qui n’est pas nommée comme telle, mais qui permet d’éviter bien des contresens sur une soi-disant théorie de la violence pour la violence. De “Peaux noires masques blancs” aux “Damnés de la terre”, la recherche des figures du peuple dans le texte même de Fanon révèle que les processus de subjectivation à l’œuvre dans la société coloniale sont à la fois producteurs d’émancipation des peuples colonisés, de l’être colonisé, et en même temps porteurs de dangers. Bien souvent confirmées par l’histoire après la mort de Fanon en 1961, ces “mésaventures de la conscience coloniale” se manifestent dans les états indépendants quand l’ethnos supplante le demos et que les structures du pouvoir colonial se reproduisent par imitation ou servitude volontaire. L’œuvre de Fanon questionne pour longtemps encore l’héritage colonial hors et dans nos sociétés européennes.

Fanny JEDLICKI, Les « retours » des enfants de réfugiés chiliens.

Cet article s’intéresse aux retours au pays des enfants de réfugiés chiliens et à la pertinence de l’usage du terme de retornados pour les désigner. Ces retours sont difficiles pour le groupe familial, qui est stigmatisé en raison de l’engagement politique et de « l’exil doré » attribués aux parents : les retornados occupent une place illégitime dans la mémoire nationale. Les complexes relations familiales et sociales, la réinsertion socio-économique et les décalages entre le pays transmis et rêvé et une société transformée radicalement par dix-sept années de dictature s’y ajoutent. Les enfants se voient assimilés à leurs parents et sont marginalisés. En raison notamment du caractère traumatique des expériences traversés et de l’héritage idéologique, ils s’identifient à leurs aînés et tendent à prendre en charge une partie de leur souffrance et histoire en un enchevêtrement des mémoires. Ils apparaissent ainsi comme des figures à part entière, bien qu’originale, des retornados chiliens.

Marie-Christine MICHAUD, Frontières identitaires chez les Italo-Américains (1880-1930).

L’immigration amène souvent une redéfinition des frontières identitaires, psychologiques et culturelles, des immigrants dans le sens où ceux-ci doivent circonscrire la spécificité de leur identité afin de freiner un éventuel sentiment d’aliénation dû à l’installation dans un nouvel environnement. C’est le cas des individus de la péninsule italienne (dont l’unité ne s’est faite qu’en 1871) qui immigrent massivement aux Etats-Unis à la fin du 19ème siècle et qui se forgent une nouvelle identité, à savoir une identité nationale en repoussant les frontières de leur identité originelle régionale issue des principes du campanilisme. En effet, paradoxalement, pour mieux s’adapter à la société américaine, c’est-à-dire afin de s’américaniser, ils doivent dans un premier temps devenir des Italiens.

Pierre ERNY, Ubgenge : Intelligence et ruse à la manière rwanda et rundi.

Dans la langue du Rwanda et du Burundi, ubgenge ou ubwenge désigne l’intelligence, la ruse, la débrouillardise, le fait d’être malin. La littérature orale sous toutes ses formes célèbre cette valeur. Elle se manifeste tout particulièrement par l’art de mentir sans se faire prendre et passait pour une des caractéristiques majeures de l’aristocratie tutsi, spécialiste du « langage oblique ». On a montré le lien d’ubgenge avec la structure sociale : dans une société très hiérarchisée où l’emportaient les relations de dépendance, il fallait à tous les niveaux être d’une prudence, d’une perspicacité et d’une habileté consommées pour s’élever dans le jeu social, manœuvrer efficacement et éviter les mauvais coups. Tant qu’il n’est pas découvert, le mensonge est moralement neutre et donc licite s’il est utile ; on l’admire hautement s’il est bien ficelé et mené avec art.

Édith WEBER, Chroniques musicales

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