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Numéro 55

Eliane CHRISTEN-GUEISSAZ, ENJEUX DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE DANS L’INTERACTION ENTRE MIGRANTS ÂGÉS ET PROFESSIONNELS DE L’ACCOMPAGNEMENT EN MILIEU D’HÉBERGEMENT

L’article rend compte d’une recherche entreprise dans un contexte de diversification progressive des origines des résidents âgés migrants dans les établissements médico-sociaux (EMS, équivalent suisse des EHPAD en France) et de l’augmentation prévisible de leur effectif. Elle avait pour objectif d’identifier les ressources et les difficultés liées à cette diversité culturelle, pour favoriser une meilleure intercompréhension entre professionnels et résidents. L’analyse des résultats de l’enquête menée auprès des résidents migrants et des professionnels dans 14 établissements des cantons de Vaud et de Genève, est présentée selon quatre axes : les interactions entre résidents migrants et aides-soignants, les attentes des résidents migrants et les réponses des institutions, l’observation de situations-clés d’accompagnement, la politique institutionnelle en matière d’intégration des différentes cultures. La conclusion reprend les problèmes et les ressources actuelles ou potentielles en matière d’accompagnement des résidents migrants dans les EMS.

Sepideh PARSAPAJOUH, DE LA CONSTRUCTION DE L’ABRI À L’HUMANISATION DU LOGEMENT DANS DEUX QUARTIERS POPULAIRES IRANIEN ET FRANÇAIS.

Basé sur l’observation ethnologique, cet article a pour but de démontrer l’existence d’un « art de vivre » manifesté dans l’humanisation de l’espace, chez les habitants de deux quartiers populaires situés dans les marges de la société urbaine dominante. Islamâbâd, dans la ville iranienne de Karaj (région de Téhéran), est un ancien bidonville, habité par une population d’origine rurale, construit illégalement avec des matériaux de récupération, et largement délaissé par l’État. Saint Blaise, dans l’Est parisien, est habité principalement par des foyers d’origine étrangère, placés par l’État dans des logements HLM dont ils ne sont que les « usagers ». Il ne s’agit pas de rapprocher des situations incomparables, mais de comparer les stratégies des habitants pour produire un ordre social durable, un mode de coexistence pacifique et dynamique.

Roger BASTIDE, INTERPÉNÉTRATION DES CIVILISATIONS ET PSYCHOLOGIE  DES PEUPLES (réédition)

Réédition d’un article de Roger Bastide publié en 1950 dans la Revue de psychologie des peuples, revue créée et animée par A. Miroglio, à laquelle Bastide apporta un soutien constant. Dans ce texte, l’auteur veut mettre la psychologie des peuples à l’épreuve de situations dynamiques de rencontre entre les cultures et les mentalités, ce qui l’amène à souligner l’importance des parcours de vie, de l’expérience et des interactions vécues par
« l’homme marginal », placé au cœur des processus migratoires et/ou au confluent de plusieurs cultures, dans la formation des « mentalités ». Il dessine ainsi les contours d’un programme de recherche et d’une problématique que la sociologie et l’anthropologie n’ont redécouvert qu’assez récemment, celle de l’articulation entre phénomènes psychiques, parcours biographiques, et grands déterminants sociaux, institutionnels et culturels.

Numéros

Numéro 53-54

Patricia SAJOUS, LES SÉMINAIRES 2011-2013 DE L’IRSHS. AU CARREFOUR DES TROIS « I » : IDENTITÉ, INTERDISCIPLINARITÉ, INTERPERSONNALITÉ
L’auteure de l’article présente l’origine, le contexte institutionnel et les principes d’animation du cycle de séminaires qu’elle a coordonné et animé entre 2011 et 2013 à l’Université du Havre dans le cadre du Pôle de recherches en sciences humaines et sociales. Ce cycle s’est organisé autour de trois objectifs étroitement liés : initier des recherches sur le thème de l’identité, choisi pour son aptitude à faire converger les réflexions des différentes disciplines, élaborer des outils pour une approche interdisciplinaire, et créer du lien entre les chercheurs.
Bruno LECOQUIERRE LIMITES, INTERFACES ET TERRITOIRES
L’article s’inspire des travaux récents sur les limites, qui insistent sur leur fonction générale d’interface de communication et d’échange entre des systèmes, pour inscrire cette notion dans l’espace géographique, ce qui conduit l’auteur à étudier le phénomène de la frontière, et à interroger la façon dont celle-ci définit, différencie, structure et relie des territoires et des identités. La frontière apparaît en définitive non comme une

barrière ou un lieu de relégation, mais comme une zone de contact et d’ouverture, génératrice de flux, d’échanges et de création de richesses.
Mihaela AXENTE PROCESSUS DE CONSTRUCTION TERRITORIALE ET IDENTITÉ: LE CAS DE L’ESTUAIRE DE LA SEINE
Dans une première partie introductive, sont rappelés les travaux récents en géographie qui mettent en évidence la complexité de la nature du territoire comme espace approprié par la pratique, le vécu quotidien, et par l’organisation et la réflexion politiques, articulant des dimensions matérielles et des représentations. L’article, issu d’enquêtes réalisées dans l’Estuaire de la Seine dans le cadre d’un travail de thèse, révèle à l’aide de nombreuses cartes et de graphiques, les décalages et les interactions entre les représentations des délimitations et des identités territoriales que construisent les différentes catégories d’acteurs : acteurs politiques et administratifs, concepteurs de projets de développement territorial, habitants. En conclusion, la réussite des projets territoriaux dépend non d’une impossible coïncidence des différentes représentations, mais de leur articulation et de leur enrichissement mutuel
Albert GUEISSAZ, DES IDENTITÉS COLLECTIVES AUX IDENTITÉS PERSONNELLES. RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CONTRIBUTION DES CAHIERS DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE
Il s’agit de la seconde partie d’un survey des articles publiés au cours de ces trente dernières années par les Cahiers de sociologie économique et culturelle du Havre, destiné à montrer la richesse, la pertinence et l’actualité de la contribution qu’ils apportent à la compréhension de la construction des identités en situation d’interculturalité. Dans cet article, l’auteur met l’accent sur le rapport entre construction des identités collectives et construction des identités individuelles, pour des individus qui se trouvent au carrefour de plusieurs modèles culturels. L’entreprise de construction de soi mobilise cultures et identités selon des modalités très diverses, avec des résultats tantôt positifs et tantôt négatifs.
Christian CHEVANDIER, PÉTRIFIER UN STATUT, CONSOLIDER SON IDENTITÉ. LES TEXTES RÉGLEMENTAIRES ET LEUR HISTOIRE DANS LA MÉMOIRE DES GROUPES SOCIAUX ET PROFESSIONNELS
Comment l’histoire d’un statut, de son élaboration, peut-elle être appropriée par les groupes professionnels, et quels sont les effets de cette démarche identitaire? S’appuyant sur le cas de plusieurs groupes professionnels « à statut » (fonctionnaires, mineurs, cheminots, dockers, personnels hospitaliers, policiers…), l’auteur met en évidence les relations complexes voire paradoxales, et variables selon les cas, entre construction d’une identité collective, mémoire collective et histoire réelle des luttes sociales et de l’institutionnalisation d’un statut professionnel. Il fait appel pour sa démonstration à ses nombreux travaux sur l’histoire du monde ouvrier et syndical.
Isabelle MAILLOCHON ÉMERGENCE ET DÉVELOPPEMENT DES PRONOMS PERSONNELS EN FRANÇAIS : LA QUESTION DU LANGAGE ADRESSÉ A L’ENFANT
L’article a pour objet le rôle des échanges langagiers entre la mère et l’enfant dans le développement de l’usage des pronoms personnels (en français) par l’enfant, dans les premières étapes de sa production du langage. Ces échanges constituent un aspect important de la construction d’une identité personnelle. Après avoir rappelé les apports des principales théories et des principaux modèles de l’acquisition du langage chez l’enfant, l’auteure présente les résultats d’une série d’observations fines et quantifiées des échanges langagiers mère / enfant ; ceux-ci montrent l’évolution de la place des différents pronoms personnels dans le langage utilisé par l’enfant, et le rôle de support, plutôt que de modèle, que joue le langage adressé par la mère à l’enfant.
Daniel RÉGUER, POLITIQUE DE PERTE D’IDENTITÉ
Après avoir présenté les principales conceptualisations concernant la vieillesse et le vieillissement, et leur évolution, l’auteur met en discussion les politiques du vieillissement, et notamment le rôle qu’elles ont attribué au principe du « maintien à domicile le plus longtemps possible ». La déconstruction de la notion de « maintien à domicile » des personnes âgées débouche sur une réflexion sur le rôle du « domicile » comme référentiel de la construction d’une identité personnelle.
Patricia SAJOUS, Albert GUEISSAZ, Jonas PIGEON BILAN ET PERSPECTIVES DU DIALOGUE INTERDISCIPLINAIRE SUR LES PROCESSUS DE CONSTRUCTION DES IDENTITÉS
Les trois auteurs présentent ici un bilan des enseignements tirés de l’expérience du séminaire « Processus de construction des identités » qui s’est déroulé à l’ Université du Havre au cours des années universitaires 2011-2013 dans le cadre du Pôle de Recherche en Sciences Humaines et Sociales. Trois aspects sont abordés successivement : le point sur les convergences dégagées ; le recensement des pistes de recherche ; les divergences – dans ce cas, une absence de divergences qui suscite étonnement et interrogations. En conclusion, un essai d’évaluation des progrès réalisés ou à réaliser au plan des échanges interdisciplinaires.
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Numéro 52

Albert GUEISSAZ, LA CONSTRUCTION DES IDENTITÉS ET SES ACTEURS. RÉFLEXIONS AUTOUR DE LA CONTRIBUTION DES CAHIERS DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE

Première partie d’un survey en deux volets, dont le but est de mettre à contribution, pour en montrer la richesse, le corpus d’articles publiés dans les Cahiers depuis une trentaine d’années sur le thème de la construction des identités individuelles et collectives, notamment en situation de rencontre de plusieurs cultures.
Dans cette première partie, l’auteur s’attache particulièrement à mettre en évidence le rôle clé des « entrepreneurs » de la construction des identités collectives, leurs finalités et leurs modes d’action.
Edmond Marc LIPIANSKY, L’IMAGERIE DE L’IDENTITÉ : LE COUPLE FRANCE-ALLEMAGNE (réédition)
Dans cet article publié une première fois en 1979 dans la revue Ethnopsychologie, l’auteur interroge la littérature d’essais consacrée aux caractères nationaux (France, Allemagne) dans la première moitié du 20e siècle, pour en dégager une analyse de la méthode de construction des représentations des identités nationales.
La représentation de l’identité nationale française ne se constitue dans cette période que dans le mouvement qui l’oppose à l’identité allemande, chacun des partenaires tendant à assumer l’identité, y compris négative, qui lui est renvoyée par l’autre. L’auteur souligne le rôle joué par des écrivains et intellectuels, aussi bien français qu’allemands, dans l’élaboration et la promotion de cette double représentation, ainsi que la fonction sociale de cette construction, qui exprime la position fonctionnelle des élites dans leurs sociétés respectives et leur rapport aux autres classes.
Marie-Christine MICHAUD, ENTRE MESSINE, L’AQUILA ET LES ETATS-UNIS : LES ITALO-AMÉRICAINS, ENTRE IMMIGRATION ET TRANSNATIONALISME
D’abord caractérisée, au début du 20e siècle, par l’identification au village d’origine, l’identité des immigrants d’origine italienne s’est progressivement définie comme « italienne » par réaction à l’hostilité des groupes dominants aux Etats-Unis, à la stigmatisation et aux discriminations. Cette évolution doit beaucoup à l’action développée par des associations, par une presse en langue italienne, et de façon plus circonstancielle, par des mouvements de solidarité déclenchés au moment de catastrophes ayant frappé le pays d’origine. La référence à la « patrie » italienne n’étant pas contradictoire avec une intégration progressive dans la société nord-américaine, on assiste dans une dernière phase à la constitution d’une identité « italo-américaine ». L’analyse proposée se fonde sur la référence à la littérature sur le « transnationalisme » et sur les enquêtes menées par l’auteure.
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Numéro 51

Philippe BLACHE, SCÉNARIO ENTREPRENEURIAL ET RÉSEAUX DIVERSIFIÉS DE COOPÉRATION DANS LES VALLÉES INDUSTRIALISÉES DE BIELLA

Cet article teste l’hypothèse du capital social et propose de discerner le compromis pour l’action à l’œuvre dans les chaînes relationnelles tissées par les entrepreneurs en situation de coopération. L’objectif avancé est de saisir les valeurs sociales et morales ainsi que les règles implicites qui président à la coordination des activités, à la circulation des ressources et aux transactions effectuées autour d’un nœud de projets et de contrats. L’approche ethnographique est centrée sur la topologie définie par les grappes de PME ainsi que sur l’élargissement spatio-temporel des liens noués par les entrepreneurs textiles de Biella (Italie, Piémont). Nous mettons en évidence la « revitalisation » de la « culture de coopération » propre au district industriel dans le contexte incertain et problématique de la globalisation du marché et des économies.

Mots clés : decision making, coopération restreinte, coopération élargie, symbolique de l’honneur, entrepreneuriat en contexte culturel, industrie textile piémontaise.

Joël CASSÉUS, Accumulation primitive, racialisation des rapports sociaux et domination extérieure en Haïti

Les pays dits du « Sud » sont souvent étudiés seulement afin de comprendre comment ceux-ci permettent l’accumulation primitive du Nord. Effectivement, peu s’intéressent aux dynamiques à l’intérieur même de ces sociétés permettant de comprendre l’origine des changements qualitatifs induits par l’accumulation primitive et ses conséquences sur la configuration de ces sociétés. L’accumulation primitive est un processus initiant une série de changements qualitatifs permettant une connaissance des relations sociales de propriété et des processus racialisés de l’Haïti contemporaine. Une étude des changements induits par l’accumulation primitive en Haïti, avant et après l’invasion américaine de 1915, démontre comment l’ensemble du Monde Atlantique se présente comme un lieu d’accumulation avec des luttes de classes, des processus de racialisation
spécifiques ainsi qu’un ensemble de relations internationales.

Mots-clés : impérialisme, accumulation primitive, Haïti.

Jérôme TOURBEAUX, L’incidence du plurilinguisme sur les situations d’emploi et sur les trajectoires socioprofessionnelles en France

Le présent article vise à mesurer l’éventuelle incidence du plurilinguisme (français + langue étrangère ou régionale apprise pendant la petite enfance) sur l’accès à l’emploi et la trajectoire socioprofessionnelle des individus en France. L’exploitation de l’enquête Trajectoires et Origines (Ined/Insee, 2008) montre que le plurilinguisme nuit peu à l’intégration professionnelle des descendants d’immigrés. Une intégration professionnelle défaillante trouve davantage sa cause dans l’existence d’une certaine hérédité sociale ou de discriminations. En revanche, parmi la population qui connaît une langue régionale, le plurilinguisme semble réduire les chances d’intégration professionnelle : un attachement très fort au territoire correspondant aux limites géographiques de l’idiome régional empêcherait toute mobilité professionnelle en dehors de ce territoire, réduisant ainsi les chances de mobilité sociale ascendante.

 

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Numéro 50

Gérard AUGUSTIN, QUE TRADUIT-ON ?

L’auteur met à contribution son expérience d’écrivain, de poète, de critique, d’éditeur et de traducteur pour analyser le lien, qu’il considère comme essentiel, entre traduction, création et écriture poétique. Il examine ensuite la posture du traducteur face à la relation complexe et souvent inégale entre langue traduite et langue traduisante.

Mireille GUEISSAZ, TRADUCTIONS ET RÉAPPROPRIATIONS AU SERVICE DE «L’INVENTION » D’UNE CULTURE : ELIZABETH PEABODY, MARGARET FULLER ET LE MOUVEMENT TRANSCENDANTALISTE AUX ÉTATS-UNIS

Les Transcendantalistes américains du 19 e siècle, notamment Ralph Waldo Emerson et Henry Thoreau, dont le rôle dans l’invention de la culture américaine moderne est unanimement reconnu, ont lu et traduit intensivement les auteurs européens, notamment français et allemands. Deux femmes, Elizabeth Palmer Peabody et Margaret Fuller, ont par la qualité de leur travail de traductrices conquis leur droit d’entrée dans ce groupe d’intellectuels composé surtout de pasteurs ou d’ex-pasteurs formés à Harvard. La lecture et la traduction d’auteurs qui leur tenaient à cœur a été pour elles un des moyens de développer au sein du groupe des positions originales. Toutefois, les difficultés rencontrées dans la publication de ces traductions et l’obligation où elles se trouvaient de gagner leur vie, les ont contraintes à trouver d’autres moyens de mettre ces auteurs à la disposition du public américain, ouvrant ainsi de nouvelles voies de professionnalisation pour les femmes comme pour les hommes.
Mots-clés : transcendantalisme, traduction, genre, Elizabeth Peabody,  Margaret Fuller, Etats-Unis, 19 e siècle.

Sylvie MAYNARD, THÉORIE ET PRATIQUE : LA TRADUCTION ORALISÉE OU «INTERTRADUCTION »

En relation avec une pratique académique et professionnelle, l’auteure de l’article propose une théorie et une méthodologie tripartites articulées autour des concepts de globalisation, d’oralisation et de médiation. Sont prises en compte la réalité linguistique des langues à traduire, leurs particularités culturelles, les caractéristiques de l’opération traduisante, les nécessités d’ordre pédagogique. La globalisation permet de coordonner, à tout moment de l’opération traduisante, les éléments linguistiques et extralinguistiques qui constituent les champs opératoires à parcourir. Que la source ou la cible soit texte ou discours oral, la traduction est systématiquement « oralisée ». Enfin la fonction traduisante favorise la médiation entre le texte et le discours oral, entre les cultures, entre le donneur d’ordre, le traducteur / interprète et le lecteur / auditeur.

Mots clés : globalisation, oralisation, médiation, intertraduction, fonctiontraduisante.

Armand LAUNAY, LES ANGLAIS PARLENT-ILS NORMAND ? OU L’INFLUENCE DU NORMAND MÉDIÉVAL SUR L’ANGLAIS…

Restée célèbre dans les mémoires, la conquête du trône d’Angleterre par le Normand Guillaume le Conquérant, en 1066 a eu de multiples conséquences sur l’unification de l’Angleterre, sur la réorganisation de son système de pouvoir et de sa justice, sur la culture elle-même et sur la langue anglaise, qui a emprunté des milliers de mots français. Pourtant, Guillaume et ses compagnons étaient étaient normands : si leur langue, devenue pour quelque temps la langue du pouvoir en Angleterre, était proche du français, elle possédait des spécificités, dont on peut retrouver la trace dans le lexique de l’anglais contemporain. L’article se propose de retracer l’histoire du normand en Angleterre, avant de donner quelques éléments de méthode pour identifier les mots normands employés de nos jours par la langue anglaise.

Numéros

Numéro 50

Gérard AUGUSTIN, QUE TRADUIT-ON ?

L’auteur met à contribution son expérience d’écrivain, de poète, de critique, d’éditeur et de traducteur pour analyser le lien, qu’il considère comme essentiel, entre traduction, création et écriture poétique. Il examine ensuite la posture du traducteur face à la relation complexe et souvent inégale entre langue traduite et langue traduisante.

Mireille GUEISSAZ, TRADUCTIONS ET RÉAPPROPRIATIONS AU SERVICE DE «L’INVENTION » D’UNE CULTURE : ELIZABETH PEABODY, MARGARET FULLER ET LE MOUVEMENT TRANSCENDANTALISTE AUX ÉTATS-UNIS

Les Transcendantalistes américains du 19 e siècle, notamment Ralph Waldo Emerson et Henry Thoreau, dont le rôle dans l’invention de la culture américaine moderne est unanimement reconnu, ont lu et traduit intensivement les auteurs européens, notamment français et allemands. Deux femmes, Elizabeth Palmer Peabody et Margaret Fuller, ont par la qualité de leur travail de traductrices conquis leur droit d’entrée dans ce groupe d’intellectuels composé surtout de pasteurs ou d’ex-pasteurs formés à Harvard. La lecture et la traduction d’auteurs qui leur tenaient à cœur a été pour elles un des moyens de développer au sein du groupe des positions originales. Toutefois, les difficultés rencontrées dans la publication de ces traductions et l’obligation où elles se trouvaient de gagner leur vie, les ont contraintes à trouver d’autres moyens de mettre ces auteurs à la disposition du public américain, ouvrant ainsi de nouvelles voies de professionnalisation pour les femmes comme pour les hommes.
Mots-clés : transcendantalisme, traduction, genre, Elizabeth Peabody, Margaret Fuller, Etats-Unis, 19 e siècle.

Sylvie MAYNARD, THÉORIE ET PRATIQUE : LA TRADUCTION ORALISÉE OU « INTERTRADUCTION »

En relation avec une pratique académique et professionnelle, l’auteure de l’article propose une théorie et une méthodologie tripartites articulées autour des concepts de globalisation, d’oralisation et de médiation. Sont prises en compte la réalité linguistique des langues à traduire, leurs particularités culturelles, les caractéristiques de l’opération traduisante, les nécessités d’ordre pédagogique. La globalisation permet de coordonner, à tout moment de l’opération traduisante, les éléments linguistiques et
extralinguistiques qui constituent les champs opératoires à parcourir. Que la source ou la cible soit texte ou discours oral, la traduction est systématiquement « oralisée ». Enfin la fonction traduisante favorise la médiation entre le texte et le discours oral, entre les cultures, entre le donneur d’ordre, le traducteur / interprète et le lecteur / auditeur.
Mots clés : globalisation, oralisation, médiation, intertraduction, fonction traduisante.

Armand LAUNAY, LES ANGLAIS PARLENT-ILS NORMAND ? OU L’INFLUENCE DU NORMAND MÉDIÉVAL SUR L’ANGLAIS...

Restée célèbre dans les mémoires, la conquête du trône d’Angleterre par le Normand Guillaume le Conquérant, en 1066 a eu de multiples conséquences sur l’unification de l’Angleterre, sur la réorganisation de son système de pouvoir et de sa justice, sur la culture elle-même et sur la langue anglaise, qui a emprunté des milliers de mots français. Pourtant, Guillaume et ses compagnons étaient étaient normands : si leur langue, devenue pour quelque temps la langue du pouvoir en Angleterre, était proche du français, elle possédait des spécificités, dont on peut retrouver la trace dans le lexique de l’anglais contemporain. L’article se propose de retracer l’histoire du normand en Angleterre, avant de donner quelques éléments de méthode pour identifier les mots normands employés de nos jours par la langue anglaise.

 

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Numéro 49

Juliette SMÉRALDA, LES « FRANÇAIS D’OUTRE-MER », UN EXEMPLE D’INTERCULTURALITÉ ASYMÉTRIQUE ET DE DISCRIMINATION OCCULTÉE

Bien que les Antilles françaises fassent officiellement partie intégrante de la République, avec un statut de département, et que leurs habitants soient censés bénéficier de l’égalité reconnue à tous les citoyens, la réalité reste très éloignée de ces principes, et la perception des identités (de soi comme de l’autre) ne leur correspond pas davantage. La persistance d’une relation asymétrique héritée de la période coloniale se traduit par diverses formes de discrimination et par de nombreuses aberrations tant sur le plan des pratiques que sur celui des représentations.

Arezki MEDINI, LE PROCESSUS DE SÉDENTARISATION DES GENS DU VOYAGE ET SES CONTRADICTIONS

S’appuyant sur une enquête de terrain réalisée dans le Nord de la France, l’article met en évidence les implications contradictoires, et souvent négatives, de l’évolution qui conduit une partie des « gens du voyage » (Roms, Manouches, Gitans) à se sédentariser sur des aires d’accueil aux capacités limitées dont la finalité officielle est plutôt d’accueillir des familles itinérantes pour des périodes limitées. Cette évolution éloigne ces populations de la tradition du voyage, et les conduit à adopter de nouveaux modes de vie, sans pour autant leur donner accès à tous les avantages d’une réelle sédentarisation.

Isabelle RAYNAUD, LÉON WERTH, COCHINCHINE. RENCONTRE AVEC L’ALTÉRITE COLONIALE

Léon Werth, écrivain pacifiste et sympathisant socialiste profondément marqué par le traumatisme de la Première Guerre Mondiale, a rendu compte dans un ouvrage intitulé « Cochinchine », publié en 1926, d’un séjour effectué en 1924 dans ce qui était alors une colonie française d’Indochine. Témoignage authentique d’une expérience personnelle en même temps qu’œuvre littéraire, Cochinchine exprime une condamnation morale du colonialisme, profondément radicale et nouvelle à l’époque. L’article présente la méthode et les principaux apports et limites de l’ouvrage, et le situe par rapport au contexte historique et à la littérature anticolonialiste de l’époque.

INSTITUT DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE, 25 ANS DE PUBLICATIONS DE L’INSTITUT DE SOCIOLOGIE ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE SUR LES MIGRATIONS ET LES RELATIONS INTERCULTURELLES

Répertoire et index des articles publiés sur ce double thème dans les Cahiers de sociologie économique et culturelle entre 1984 et 2010, complété par une liste des comptes rendus d’ouvrage sur les mêmes thèmes.

Numéros

Numéros 47 – 48

Claude MALON, LA PLUS GRANDE FRANCE INTROUVABLE. RÉFLEXIONS SUR UNE APORIE DE L’IDENTITÉ NATIONALE EN PÉRIODE COLONIALE

La représentation de la « plus grande France » a émergé dans l’imaginaire colonial et national à partir du début du 20 e siècle, avec la deuxième période de l’Empire français, et a connu par la suite, et jusqu’à aujourd’hui, divers avatars. L’article se propose de la déconstruire en se plaçant dans la double perspective de l’histoire des représentations et des réflexions de la philosophie politique sur la notion de « peuple ». Il montre, au plan local du Havre puis au plan national, les apories de cette construction idéologique de « la plus grande France », qui prétendait faire fusionner dans une impossible entité ce qui était en réalité, d’un point de vue politique, un assemblage de populations dont seules certaines pouvaient se voir reconnaître le statut de « peuple » au sens d’une collectivité de citoyens.

Eric SAUNIER, LE HAVRE, LA TRAITE TRANSATLANTIQUE ET L’ESCLAVAGE : LA MÉMOIRE DIFFICILE D’UNE HISTOIRE NÉCESSAIRE

L’article analyse dans un premier temps les difficultés qui, au Havre plus encore que dans d’autres villes portuaires françaises, ont fait obstacle au travail de restitution d’une mémoire de la traite transatlantique et de l’esclavage. La deuxième partie du texte, qui témoigne des progrès accomplis ces dernières années dans ce domaine de recherches, fournit des indications précises quant à l’ampleur, aux étapes, aux caractéristiques, et à l’impact sociétal de la participation de la ville et du port du Havre au commerce triangulaire entre le 17e et le 19e siècle.

Pierre CHAUNU, LA LÉGENDE NOIRE ANTIHISPANIQUE : DES MARRANES AUX LUMIÈRES, DE LA MÉDITERRANÉE À L’AMÉRIQUE

Dans ce texte, publié en 1964 dans la Revue de psychologie des peuples, le regretté Pierre Chaunu proposait une analyse de la légende noire antihispanique qui s’est diffusée en Europe puis en Amérique du Nord entre le 15e et le 18e siècle, et qu’il considérait comme exemplaire de la construction des « représentations réciproques
négatives » et de leurs effets sur la constitution des identités collectives. L’article met en relation, dans une étude historique très fouillée, la formation et l’évolution de la légende noire avec les cycles économiques, avec les vicissitudes de l’impérialisme espagnol, et avec les vicissitudes de l’intégration et du rejet des populations juives dans la péninsule ibérique.

Yacoub CHIHI, L’ENTREPRENEURIAT TUNISIEN ISSU DE L’ÉMIGRATION : CARACTÉRISTIQUES ET RESSOURCES

Penser et repenser le concept du capital social et ses acceptions nous a permis de mener une recherche de terrain sur les diverses ressources utilisées par un groupe d’émigrants de retour en Tunisie, lors de la création de leurs propres entreprises dans leur région d’origine. Dans une réflexion empirique axée sur les ressources de l’entrepreneuriat issu de l’émigration, le travail a montré l’importance de la convertibilité de l’expérience migratoire passée des entrepreneurs enquêtés en fonds monétaires et en connaissances et qualifications professionnelles. Il est apparu également au cours de cette recherche que les entrepreneurs enquêtés ont mobilisé des ressources se rapportant à l’Etat, aux banques et à leurs familles.

Bruno MALLARD, LA PAUVRETÉ DU DISCOURS INTERNATIONAL SUR LA « GRANDE PAUVRETÉ »

Le discours international sur la « grande pauvreté » ou « misère » témoigne souvent d’une méconnaissance des spécificités de l’expérience de vie des populations concernées. Produire un savoir plus adéquat implique la prise en compte de deux aspects essentiels. D’une part, pauvreté et misère méritent d’être distinguées, car elles
renvoient à des réalités de nature différente. D’autre part, elles doivent être interprétées comme des notions relatives, attendu que les phénomènes qu’elles désignent ne prennent leur véritable sens que replacés dans le contexte social où ceux-ci apparaissent. Ces considérations ont d’importantes conséquences épistémologiques : la recherche en sciences sociales est conviée à prendre de la distance vis-à-vis de ses concepts et catégories usuels pour s’ouvrir à une démarche plus interculturelle

 

 

 

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Numéro 46

Corinne PEUCHET, DES TERRITOIRES UTOPIQUES DE LA DÉCOLONISATION : LE CAS DE LA CISJORDANIE

Lors de séjours récents à Tel-Aviv, Jérusalem, dans les villes des Territoires, au fil des routes menant de la Mer morte jusqu’au plateau du Golan, il est apparu à l’auteur que les dimensions patrimoniales étaient au cœur des enjeux identitaires, humains, géopolitiques. Sur la base de ses observations, elle analyse ici quelques-unes des politiques patrimoniales « de préservation », tant internationales que nationales. En vis-à-vis, elle revient sur les travaux de certains architectes qui se sont récemment manifestés pour poser la question de la « décolonisation » de l’architecture : leurs réflexions sur l’alternative destruction / recyclage dans l’hypothèse d’une évacuation des territoires occupés, contribuent aux propositions utopiques pour demain.

Édith WEBER, L’APPORT DE JEAN CALVIN AU PSAUTIER HUGUENOT

L’auteur retrace la genèse du Psautier huguenot en langue française. Il trouve son origine dans une initiative de Jean C ALVIN qui, persécuté, s’était réfugié à Strasbourg en 1538. Profitant de cet exil passager, il s’est inspiré des usages locaux, conformes aux nouvelles idées des réformateurs, qui prônent l’utilisation de la langue du peuple (et non plus du latin), la participation active des fidèles aux cultes et le chant collectif. En accord avec ces impératifs, une nouvelle ordonnance du culte, une liturgie et une hymnologie ont dû être forgées. Pour le chant d’assemblée, Calvin a eu recours notamment aux Psaumes vétérotestamentaires, dont certains sont attribués au Roi David. Ces textes donneront lieu non à des traductions littérales, mais à des paraphrases françaises strophiques, rimées, faciles à chanter et à retenir. Leur mise en chant s’appuyera à la fois sur des emprunts et sur des créations mélodiques originales.

Jean-Luc METZGER, DU MICRO-CRÉDIT À LA MICRO-FINANCE : VERS UNE GESTIONNARISATION DES PRATIQUES INFORMELLES ?

L’auteur montre que le microcrédit, qu’il analyse comme une institution sociale, est l’un des modes d’adaptation des populations pauvres à l’affaiblissement des infrastructures publiques. Les super-acteurs cherchent à le rationaliser pour le rendre plus performant. Ce faisant, ils menacent l’existence du microcrédit dans ses modes de fonctionnement actuels (c’est-à-dire basé sur la confiance entre individus, des engagements réciproques, la solidarité, …). En effet, ces super-acteurs veulent simultanément conserver sa souplesse de fonctionnement – tout en la contrôlant au moyen d’indicateurs quantitatifs -, agir sur l’efficacité économique de ce système autonome, tout en évacuant sa dimension sociale et informelle. L’auteur conclut en montrant que les pratiques des Institutions internationales d’encouragement au développement du microcrédit constituent ce qu’il appelle une « gestionnarisation » des pratiques des populations des pays du Sud, qui se substitue à l’action publique qu’elles contribuent à affaiblir encore. Mots clés : microcrédit, Afrique, dispositifs de gestion, institutions internationales.

 

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Numéro 45

Vincent LATOUR, DIFFÉRENTIALISME ET MULTICULTURALISME EN GRANDE BRETAGNE : ENTRE REMISE EN CAUSE ET SURVIE

L’article dresse un bilan de la mise en place, depuis les débats qui ont suivi l’adoption du British Nationality Act de 1948, d’un mode de gestion de type « multiculturaliste » en Grande-Bretagne. Replaçant l’évolution de ce mode de gestion dans une perspective historique, il analyse les principales étapes de sa construction sous l’égide des gouvernements travaillistes et conservateurs successifs, et identifie les raisons de son émergence, de sa consolidation et de son déclin. Malgré la conversion apparente des cercles gouvernementaux britanniques à l’universalisme, et l’importance des changements en cours, on observe la persistance, voire l’accentuation dans la période récente, de pratiques multiculturalistes et différentialistes ancrées depuis plusieurs décennies.

Nada AFIOUNI, LA FORCE CENTRIPÈTE DES LOIS EUROPÉENNES : VERS UN CHASSÉ-CROISÉ FRANCO-BRITANNIQUE AUTOUR DE LA LUTTE CONTRE LA DISCRIMINATION RACIALE ?

Derrière la stabilité apparente de la rhétorique qui préside aux politiques de gestion de la pluralité culturelle (« citoyenneté » et « intégration républicaine » en France, « race relations » et « multi-culturalisme » en Grande-Bretagne), des évolutions croisées se dessinent à partir de 2000. La France doit adapter sa législation et ses institutions à des lois européennes dont l’approche est quasi-similaire à l’approche britannique adoptée dans les années 1970. La Grande-Bretagne, elle, prend ses distances avec le discours multiculturel et se retranche derrière un discours citoyen censé renforcer l’unité du Royaume. L’article retrace les débats qui ont entouré la mise en place de politiques de lutte contre les discriminations en Grande-Bretagne, et analyse ensuite le glissement qui
s’opère en France vers une gestion particularisée de l’immigration et de la question ethnique, et les débats qui en résultent, notamment sur la question du recensement.

André SUCHET et Michel RASPAUD, LA PROFESSIONNALISATION DES MONITEURS DE SPÉLÉOLOGIE EN FRANCE (1950-1992)

Examinée à l’aide des outils d’analyse sociologique conceptualisés par Pierre Bourdieu, la professionnalisation des moniteurs de spéléologie apparaît comme le produit d’un clivage socio-culturel et générationnel entre les nouveaux entrants dans le champ, jeunes spéléologues privilégiant une conception sportive et marchande de l’offre spéléologique, qu’ils souhaitent démocratiser, et « vieux scientifiques », qui défendent une conception plus traditionnelle, scientifique, élitiste et désintéressée de la pratique légitime de la spéléologie. La création d’un brevet d’État a concrétisé la victoire stratégique des premiers sur les seconds. Elle ne peut donc pas être analysée simplement comme le résultat des pressions du Ministère.

Marie-Carmen GARCIA, LA PRODUCTION DES « ARTISTES LOCAUX » DANS L’UNIVERS DU CIRQUE CONTEMPORAIN

Cet article prend appui sur une enquête sociologique d’inspiration ethnographique menée dans le milieu circassien lyonnais. Il montre comment des logiques institutionnelles locales et des trajectoires artistiques s’articulent dans la production des « artistes locaux ». Fondamentalement, il s’agit de mettre en évidence les logiques sociales et institutionnelles qui travaillent la circonscription géographique de parcours professionnels d’artistes de cirque. L’article vise principalement à montrer que c’est la production locale de critères de valorisation artistiques relativement opposés à ceux qui dominent dans les espaces les plus avancés -au niveau national- du cirque contemporain qui est au fondement de la localisation de certaines trajectoires de circassiens.
Mots-clés : artistes locaux, cirque contemporain, institutions culturelles, professionnalisation, espace local.